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 L'appel de la mer [PV Nur]

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Sang-mêlé
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Louha
Sang-mêlé

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MessageSujet: L'appel de la mer [PV Nur]   Sam 18 Jan - 21:52

Louha contempla la ville portuaire d'Eldoria en contre-bas. La capitale grouillait d'agitation entre les marchands qui apostrophaient les clients ou vantaient les mérites de leurs marchandises et les gens qui bavardaient ou criaient à tue-tête, tout cela bien encadré par la présence rassurante des soldats patrouillant pour alpaguer les voleurs à la tire ou tout autre fauteur de trouble.
Cependant, son regard fut bien vite attiré par l'étendue miroitante sous la lumière du soleil de midi. Elle sentit son cœur se gonfler : enfin ! Enfin elle touchait au but après six longs mois de voyage ! Sourra sentit son allégresse et remua de la queue tout en jappant avec excitation, effrayant légèrement sa jument pas tout à faite habituée à ce qu'un loup se faufile entre ses sabots.

« Oh là ma belle ! Tout doux ! la calma-t-elle en flattant son encolure. »

L'animal secoua la tête en frappant le sol de son antérieur droit. L'hybride rit doucement : message reçu cinq sur cinq ! Son frère de meute allait prendre ses distances. Ce dernier dévala la colline ventre à terre tandis qu'elle attendait la caravane. Cela faisait deux mois que la fugueuse voyageait à leurs côtés en tant qu'éclaireuse. Si son statut de semi-elfe n'avait posé aucun problème, son compagnon était une autre affaire ! La présence d'un prédateur autour d'eux avait inquiété les marchands et les chevaux dans un premier temps, et puis ils s'y étaient faits. S'ils avaient su qu'ils voyageaient avec deux loups...
Pas qu'elle aimait cacher ses attributs lupins, simplement elle avait besoin d'argent et personne ne confiait jamais un travail d'une telle responsabilité à un sang-mêlé. Ce qui était prodigieusement stupide sachant que son ouïe dépassait la moyenne mais passons. Ils arrivèrent finalement à destination et ce fut avec soulagement qu'elle quitta ses compagnons après avoir touché une petite somme rondelette. La jeune femme profita du reste de l'après-midi pour faire quelques emplettes indispensables pour la future traversée, puis elle se rendit en ce lieu qui l'attirait depuis sa plus tendre enfance.
Elle n'avait vu la mer que deux fois, et pourtant elle n'avait rien oublié du panel de sensations qu'elle offrait : le sable crissant sous ses bottes, la brise marine charriant des odeurs d'iode et de poissons, et le ressac qui venait s'écraser sur la plage dans un rythme envoûtant, hypnotique. Avec un soupir de bien-être, elle défit ses bottes et s'allongea sur le sable chaud où elle resta à contempler le ciel se colorer lentement d'orange et de grenat. Ce ne fut que lorsque les premières étoiles apparurent dans le ciel nocturne, qu'elle se décidai à dégotter une auberge pas trop miteuse. Les quais lui semblèrent la destination la plus appropriée car après tout, où trouver un repère de pirates sinon au port ?
Un établissement d'où s'échappaient une musique de bar et des rires gras retint son attention : « Au dragon des mers », c'était un nom bien pompeux mais les effluves qui lui parvenaient par les fenêtres entrouvertes semblaient attestées de la bonne tenue des locaux. Après avoir vérifié que son bandeau cachait bien ses oreilles et que le renflement dû à sa queue était masqué par sa cape, elle poussa la porte, non sans avoir proféré un dernier avertissement à Sourra.

« Tiens-toi bien d'accord ? »

L'animal gémit en signe d'assentiment et ils pénétrèrent dans l'ambiance joyeuse.

« Vous voulez quelque chose ? aboya le tenancier, un homme grassouillet néanmoins bien charpenté, atteignant sans mal la cinquantaine.
- Une table et une chambre pour la nuit. répondit-elle sans relever.
- J'veux pas d'votre bestiaux à l'étage, ni même dans ma salle, il va faire fuir les clients.
- Il sait très bien se tenir. Il ne causera pas de grabuge.
- Ici c'est mon établissement et c'est moi qui dicte les règles. grogna-t-il en se penchant par-dessus le comptoir d'un air menaçant. Et j'ai dit non. »


Louha lui offrit un petit sourire aimable et caressa son frère dont le poil s'était hérissé sous la menace de l'homme. Elle prit le temps d'observer les clients qui ripaillaient à grand renfort de rires gras et de chants paillards. Pour sûr que la moitié d'entre eux ne devaient pas être des citoyens modèles ! La demoiselle s'assit sur un tabouret, posa ses coudes sur le bois lisse et propre et croisa ses doigts devant son visage dans un geste calculateur.
Et elle ne dit rien. Se contenta seulement de le dévisager.
Son silence déstabilisa l'homme qui était plus habitué aux insultes et aux rixes de taverne plutôt qu'à l'attitude calme et posée de la jeune femme. Cette dernière s'obstina dans son mutisme sans le lâcher des yeux, usant de la même technique que son père lorsque celui-ci se trouvait face à un client réticent. Un rictus se forma aux coins de ses lèvres et elle sut qu'elle avait gagné.

« Quoi ? Qu'est-ce t'as à me regarder comme ça ?!
- Je me demandais simplement si mon silence valait une chambre dans un établissement aussi miteux que celui-ci.
- QUOI ?!
- Je disais, répéta-t-elle sans élever le ton, que je me demandais combien les soldats seraient prêts à payer pour avoir des informations sur votre clientèle.
- Vous, vous n'oseriez pas ?! demanda-t-il en reculant, ses pupilles légèrement agrandies sous la peur qui commençait à suinter de chacun ses pores. Ils vous tueraient avant que vous n'ayez pu quitter la ville !
- Je sais parfaitement me défendre et puis à votre place, je serai davantage inquiète du sort qu'ils me réserveraient en apprenant que c'est vous le mouchard.
- Q-quoi ?!
- Regardez les choses en face. murmura Louha si bas, que seul son vis-à-vis pouvait l'entendre par-dessus le brouhaha. La moitié de la salle n'arrête pas de nous dévisager et je ne serais pas surprise qu'une ou deux oreilles indiscrètes traînent. Car après tout, ce n'est pas tous les jours qu'une semi-elfe franchit les portes de votre établissement, ils sont bien trop snobs pour cela. Alors que peut-elle bien vous vouloir ? Vu ses vêtements couverts de poussière et son loup, il s'agit sans doute d'une traqueuse, peut-être même une chasseuse de prime. À votre avis, que penseront-ils lorsqu'ils me verront repartir sans avoir rien consommé ? »


Elle ne chercha même pas à masquer la menace dans sa voix et fixait toujours l'aubergiste comme si elle avait l'intention de l'épingler au mur. Elle n'aimait guère ce genre de petite raclure qui se croyait supérieur aux autres, tels des empereurs en leur domaine ; elle semblait souvent oublier qu'un coq n'était roi que sur un tas de fumier, oubli auquel elle se faisait un plaisir de remédier.
Quelques minutes passèrent au cours desquels les deux belligérants se dévisagèrent en chiens de faïence, mesurant jusqu'où était capable d'aller l'autre. Malheureusement pour lui, la sang-mêlée était plus douée à ce petit jeu et résistait mieux à la pression ; l'une des nombreuses conséquences d'avoir vécu avec un requin des affaires sans doute.

« Très bien. grogna finalement le gros homme. Première chambre sur votre gauche, payable d'avance.
- Pour votre dérangement. le remercia-t-elle en faisant glisser le paiement, accompagné d'un généreux pourboire. »


Après un copieux repas sans autres incidents que l'ambiance festive des convives, Louha monta se coucher. Mais il fut clair au bout de deux longues heures à se tourner et se retourner dans son lit qu'elle ne parviendrait pas à trouver le sommeil. Elle sentait son esprit vagabonder, et ses pensées étaient toujours irrésistiblement attirées vers cette étendue bleue qui lui promettait mille aventures. Elle jeta un coup d’œil à Sourra qui vint immédiatement lui lécher le visage en sentant que sa sœur de meute était éveillée. Elle lui saisit le museau et l'embrassa entre les deux yeux, avant de s'habiller. Entrouvrant la fenêtre, la jeune femme fit descendre son compagnon à l'aide du drap, puis ferma la fenêtre et se servit des aspérités du mur pour le rejoindre. Les rues étaient désertes à cette heure mais des soldats devaient sans doute patrouiller un peu partout. Il ne fallait pas traîner.
Ils se glissèrent sans un bruit jusqu'aux quais, ombres parmi les ombres, et de là, ils rejoignirent la plage, soufflant un peu. Il y avait peu de chance de rencontrer une patrouille désormais. Le spectacle de l'eau ondoyant doucement sous le ciel étoilé était tout simplement magique et elle se sentit gagné d'une euphorie enfantine. Tournoyant sur elle-même, elle offrit son rire à la nuit en songeant que son ancienne vie était terminée. Fini de lécher les bottes de ses connards d'elfes pour obtenir des miettes de respect ! Fini de vivre sous la dictature de son père qui se servait d'elle pour se racheter ! Fini l'errance et la solitude, bonjour l'amitié et la liberté ! Aujourd'hui elle posait son fardeau pour toucher son rêve du doigt ! Bientôt elle serait pirate !
Son loup gambadait autour d'elle, partageant sa joie et sa hâte. Ils se poursuivirent sur la plage, jusqu'à ce que leur pas atteignent l'eau.

« Le dernier à l'eau... proposa Louha tandis qu'elle retirait ses bottes. »

Trop tard, Sourra était déjà en train de jouer avec l'écume.

« Tricheur ! »

Elle se hâta d'ôter ses vêtement, ne gardant que la tunique légère et la culotte qu'elle mettait en-dessous de ses habits pour se protéger du froid. Le vent frais du large lui mordit la peau toutefois elle ne s'y attarda pas longtemps, trop pressée de sentir la mer contre ses jambes. L'hybride plongea dans les vagues glaciales et en ressortit un moment suffoquée, avant de nager jusqu'à reprendre pied. Sourra courrait autour d'elle en jappant comme un louveteau excité, l'incitant au jeu. Lorsqu'il la rasa d'un peu trop près, elle lui tira la queue, lui arrachant un aboiement consterné, avant de s'enfuir.
Elle était encore jeune et insouciante. Cette part enfantine de sa personne, elle l'avait étouffée ces six derniers mois pour survivre sur les routes, toutefois, maintenant qu'elle était libérée, Louha se sentait beaucoup trop grisée pour réfléchir et respecter ses propres conseils de prudence. Ce fut pour cette raison qu'elle n'entendit pas les murmures qui se rapprochaient du rivage, pas plus qu'elle ne sentit leur odeur. Et ce fut également pour cela qu'elle buta contre leur embarcation et s'effondra la tête la première dedans...

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Nurmahal
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MessageSujet: Re: L'appel de la mer [PV Nur]   Ven 24 Jan - 15:54

Après quelques mois passés essentiellement en pleine mer, Nurmahal avait pu se faire une idée de ce qu'était la vie au grand large. Et c'était pas de la tarte.
A vrai dire, elle était principalement faite de transactions plus ou moins discrètes, d'escalades de gréements et autres grands mâts, d'escales avinées et au final de bien peu de tueries.
Les compagnons du Tigre avaient été suffisamment aimables pour l'initier aux dés assez rapidement... Et depuis, Nur évitait le jeu comme la peste, après avoir manqué de perdre son arme au profit d'un pirate édenté et manchot mais plus finaud qu'il n'y paraissait un dé en main.
Depuis que le tigre s'était retrouvé à servir pour de bon sous les ordres du fantasque et trivial capitaine Do, il n'y avait eu qu'une occasion de trancher dans le lard de vassaux eldoriens.
Un bâtiment de taille moyenne qui avait surpris le vaisseau pirate ou détour d'un atoll. Beau bâtiment, par ailleurs, fraichement sorti des ateliers eldoriens d'après Do.
Après un court entretien du capitaine avec le second, la chose fut décidé : ce serait l'abordage.  Un beau butin d'armes et peut-être d'autres marchandises attendaient et les hommes étaient enthousiastes.
Ce fut le branle-bas de combat, et une espèce de baptême du feu pour Nurmahal. Réduire des humains en charpie sur la terre ferme, ça il savait faire, mais il n'avait jamais manié sa lourde lance sur un navire avec sa vie en jeu.
L'équilibre était la clé du succès de ses coups, aussi n'était-il pas rassuré quand à l'affrontement à venir...

L'abordage eut lieu promptement, après que des boulets tirés avec adresse eussent entravé la cible des convoitises des pirates. Cela avait dû être impressionnant, pour les soldats du navire, de se voir abordés par cette foule de sauvages flibustiers en haillons colorés, hurlant, braillant des insultes toutes plus imaginatives les unes que les autres tout en brandissant sabres, poignards, lances et pistolets. A vrai dire, la plupart des futures victimes étaient en panique, des inexpérimentés qui avaient conscience que leur belle armure ne les protègerait pas de ce qui venait. Seuls quelques vétérans répondaient aux bravades en exhortant leurs compagnons à se reprendre.
Le tigre était parvenu sur le pont des ennemis projeté par le roulis, et s'était vite retrouvé au beau milieu des hostilités. Visant des renforts qui se dirigeaient vers la proue il avait crié a ses compagnons de s'écarter, et s'était précipité sur les soldats. Ces derniers marquèrent un arrêt en voyant l'hybride les charger, un arrêt qui leur fut fatal. Nur frappa de tout son poids, avec toute la célérité dont il était capable en mer, ce qui malgré tout produisit son petit effet.
La lance broya les armure et les os, projetant, tranchant, dispersant violemment. Les armes de ceux qui avaient paré n'étaient plus utilisables, et quand à ceux qui avaient esquivé, ils ferraillaient maintenant avec le tigre et ses compagnons, mais étaient clairement désavantagés. L'un d'eux réussit à toucher Nur au bras gauche de sa rapière. Le tigre le fit basculer par-dessus bord d'un geste rageur. La nuque de l'homme rencontra un débris et mourut sur le coup. C'était le capitaine.


Quelques instants plus tard, l'équipage s'éloignait du bâtiment ennemi en proie aux flammes d'où montaient les cris désespérés des survivants qui se voyaient déjà brûlés ou bien noyés. Un traitement cruel, mais les compromis, la mer n'en avait pas l'habitude. Pas plus que les pirates.
Le butin ramassé avait été plutôt conséquent. Beaucoup d'armes blanches et d'armures qui seraient réutilisables par les sbires de la Pie à volonté. Do, épuisé moralement par la bataille mais encore taquin, félicita Nur pour n'avoir pas découpé un seul de ses alliés en faisant tournoyer sa lance. La suite des opérations serait plus reposantes avait-il dit. Il s'agissait de faire passer l'équipement récupéré à ceux qui en avaient le plus grand besoin. Après consultation de parchemins et autres cartes, Do annonça à son équipage qu'ils allaient à présent se diriger vers Eldoria, mais que cette-fois il n'y aurait pas escale et il qu'il allait falloir passer inaperçu. Nurmahal n'eut pas le temps de se demander comment diable ils allaient bien pouvoir se débrouiller pour être discrets avec un bâtiment pareil que le capitaine se tournait vers lui et lui asséna avec un sourire moqueur :

-Tu feras partie de l'équipe qui s'occupera de la transaction. Soigne-moi ce bras, tu devras faire en sorte que tout le monde se sorte sain et sauf de l'opération quoiqu'il arrive. Avec ton truc de perception là, tu feras le guetteur parfait, et si des gêneurs se montrent t'auras qu'à leur montrer ta gueule, ils déguerpiront aussi sec !

Nur avait grogné qu'il risquait fort de couler la barque et ses occupants par maladresse et était allé panser sa plaie sous les quolibets du capitaine et de quelques marins d'eau douce. Cet hybride n'avait aucun humour, vraiment.

Le soir même, tandis que le tigre s'assoupissait dans son coin de cale, des cris et des rires d'ivrognes résonnaient dans le compartiment voisin. Ses compagnons fêtaient la victoire et le butin à grand renfort de rhum . Ils lui avaient proposé de se joindre à eux, mais il avait décliné, comme toujours. L'alcool brouillait les perceptions et l'esprit du juste, il affaiblissait l'âme, la rendait bancale. C'était ce que son père lui avait enseigné.

-Heh, Nur !

Le tigre leva la tête. Il s'agissait de Sorezzini, un jeeune mousse avec qui il s'était lié d'amitié voici quelques semaines. Un jeune gaillard bien bâti, simple et suffisamment honnête pour avoir perdu les trois quarts de ses affaires au jeu le jour même où il avait rejoint l'équipage. Et sujet au mal de mer. L'hybride s'était assez facilement entendu avec lui, le garçon était très bavard et lui savait écouter à la perfection. Mais ce soir, Sorezzini n'était pas venu lui parler, il avait la pupille dilatée et son sourire était explicite. Sans parler de son haleine que le fauve sentait à quatre pas...

-Je ne viendrai pas à cette beuverie, se renfrogna l'hybride.

-C'est ce qu'on va voir, rétorqua le moussaillon. A moi les gars ! Ce soir on fait boire le gros chat !

Avant que Nur n'ait pu se redresser, cinq hommes avaient surgi et s'étaient précipités sur lui en riant pour l'immobiliser au sol. Il fut aussitôt immobilisé, et ne put que se débattre en fixant, furieux, son ami alcoolisé.

-Si tu vides la bouteille cul-sec, on te relâches, dit Sorezzini sans se démonter sous le regard meurtrier que Nur lui avait lancé.

Le tigre tenta encore de se libérer mais peine perdue : les marins tenaient bon. Le ridicule de la situation lui monta à la tête et il faillit mordre cruellement un des ivrognes qui l'entravait. Sorezzini pâlit visiblement lorsqu'il vit l'hybride découvrir ses crocs, et la peur dans son regard ramena le tigre à la réalité. Nur, embarrassé, jura qu'il boirait cette bouteille et dés lors, les importuns le relâchèrent.

Il se dressa devant le mousse qui n'en menait pas large et n'osait pas croiser son regard.

Puis il lui prit la bouteille des mains et entreprit de la vider, encore sous le coup de la fureur. Des cris admiratifs jaillirent de ses camarades lorsqu'il lâcha négligemment la bouteille et fixa à nouveau son regard sur Sorezzini. Sa gorge et son estomac était en feu et il commençait à ressentir les effets de l'alcool dans ses veines. Il adressa un sourire sauvage à son tortionnaire :

-Dis-moi Zini, tu t'es déjà fait écraser par un hybride de  trois cent cinquante livres ?

Le mousse dégrisé eut à peine  le temps d'écarquiller les yeux de peur : Nur le plaquait à terre d'un bond, entraînant dans sa chute deux de ses amis, puis il se releva et entrepris de rosser ses persécuteurs. La bagarre prit une tournure épique lorsque le reste de l'équipage, attiré par le bruit, accourut et, provoquant l'hybride, l'attirèrent plus loin pour lui tomber dessus à dix : le chaos avait envahi la cale. Les chopes, les bancs, et autres loups de mers s'entrechoquaient sans fin dans la liesse et les cris. Nur fut craché par la mêlée avec un beau coquard et le pelage tout froissé. Il tituba jusqu'à la dernière table encore sur ses pieds, et but son content de rhum directement au pichet avant de replonger dans la masse vociférante où il fut reçu à coups intempestifs de tabouret esquinté.

Plus tard dans la nuit, Nur et Sorezzini boitèrent ensemble jusqu'au pont histoire de prendre l'air, et s'accoudèrent au bastingage. La blessure du tigre ainsi que les horions qu'il avait reçus le faisaient souffrir, et il était toujours mal à l'aise lorsqu'il n'avait pas sa lance à la main, malgré tout, il se sentait léger comme l'air. Tout lui semblait possible en cet instant, baigné par les vents marins et la lune, ivre encore mais lucide. La royauté d'eldoria ? Les chevaliers dragon ? L'esclavage ? Des problèmes qui seraient bientôt réglés en deux coups de lances. Les hybrides, bientôt seraient libres comme lui et une nouvelle ère verrait le jour.

C'est à l'instant où il se faisait cette réflexion que le premier cadavre apparut. Il flottait là, sous leurs yeux, livide, balloté par les vagues. Un hybride chien en haillons. Le cri d'alerte de Nur se bloqua dans sa gorge : d'autres corps émergeaient des profondeurs. Des dizaines d'autres. Tous des hybrides noyés. Nur pouvait voir les chaînes briller à leurs poignets. Il ne pouvait détacher le regard de ses frères, une ombre plus noire que la nuit rôdait et un froid glacial s'empara de lui. De la mer montait une multitude de voix spectrales qui appelaient son nom, l'hybride figé sentit la terreur monter en lui tandis qu'il fixait un des corps, plus grand que les autres, au pelage blanc, orange et rayé, deux lances lui traversant la poitrine...
Lorsque son Père lui renvoya son regard depuis son tombeau, Nur se réveilla à même le plancher du navire. Son compagnon le regardait d'un air rieur, affirmant que l'hybride était tombé comme une pierre et était resté là les yeux dans le vague, dans un état second.

Dégrisé, prenant appui sur son ami, Nur quitta le pont principal sans un regard pour l'étendue marine

quelque jours plus tard

Ils étaient quatre à bord du canot, avec en plus l'équivalent de trois hommes de bonne carrure en caisses de contrebande. La nuit couvrait les forbans de son aile protectrice tandis qu'ils voguaient silencieusement vers la plage. L'hybride, mal à l'aise, jeta un coup d’œil à ses compagnons. Ils lui retournèrent son coup d'oeil d'un air narquois. Forcément eux, ils étaient habitués au secret, à ce type de trafic qui exigeait de la finesse. Il y avait là le vieux Julius, un borgne chauve et noueux, le vétéran de l'opération. Il ne se privait pas de narguer Nur mais lui avait également dispensé ses conseils et avait fait en sorte que le tigre ne porte rien sur lui de pointu ou métallique, et qu'il enveloppe le bout de son arme dans un vieux tissu. Puis il y avait les frères Mascerra qui ramaient, deux tueurs couturés de cicatrices qui aimaient à manier le couteau, mais aussi de sacrés ripailleurs et fêtards. L'aîné était l'auteur du coquard qui avait empourpré la face de Nur pendant quelques jours, c'était une sacrée poigne. Quand au dernier membre de l'expédition, c'était Sorezzini...Et ils avaient réalisé trop tard que si la mission devait réussir, ils allaient devoir le noyer...Nerveux, le mousse chuchotait à tout va, et même parfois oubliait de chuchoter. On avait beau lui dire de se taire, les mots continuaient à s'écouler de sa bouche comme l'eau d'un fleuve. Heureusement, le rivage se rapprochait vite et aucune torche en vue. Les patrouilles ne venaient pas souvent jusqu'à ce secteur de la plage.

Nur  et ses compagnons étaient occupés à effrayer Sorezzini  pour le faire taire lorsque quelque chose heurta l'embarcation. Nur se retourna vers l'avant du canot et aperçut ce qui semblait être une jeune humaine, désorientée et...en petite tenue. Un aboiement retentit soudain non loin et l'hybride aperçut un loup courir  vers eux, babines retroussées, comme pour protéger l'inconnue. Nur n'y réfléchit pas à deux fois, il sauta hors du canot et, plongé dans l'eau salée jusqu'à la ceinture, fit face à l'animal. Mais alors qu'il se préparait à frapper, la jeune fille cria.

-Sourra !!

Aussitôt la bête freina et se contenta de grogner en direction des occupants du canot. La bête obéissait a doigt et à l’œil à cette jeune fille ? Le tigre se retourna et détailla l'intruse. La première chose qu'il remarqua, ce fut son regard. Un regard de non-humain. Un regard d'hybride. Puis, il vit ses oreilles, et ses dents anormalement pointues.

-Ce loup est ton compagnon ? demanda abruptement Nurmahal. L'étrange promeneuse lui répondit d'un signe de tête affirmatif, sans craindre de croiser son regard. A vrai dire, elle n'avait pas l'air effrayée du tout...étrange pour quelqu'un qui tombait par hasard sur une bande de pirates en pleine nuit. C'était soit un signe de cran soit...une marque d'inconscience. Mais était-elle vraiment apparue par hasard ? L'hybride ne put s'empêcher de jeter un regard suspicieux aux alentours. Est-ce qu'un escadron armé n'allait pas leur tomber dessus d'un moment à l'autre ? Dans la pénombre environnante, tout semblait tranquille, seul le bruit des vagues troublait le silence. Quoiqu'il en soit, le cri de la demoiselle pouvait très bien avoir été perçu sur les quais. Il devenait urgent de conclure.

-Explique-toi, fit-il en fixant l'inconnue. Qui es-tu et que fais-tu ici ? Tu es à la solde de la Garde ? Si tu mens je le saurai, ajouta t-il, ne tente pas de t'enfuir, Mascerra ici présent excelle au lancer de couteau, et la lune est haute : il ne te loupera pas.

Les compagnons de Nur, méfiants, s'étaient placés devant la cargaison et avaient tiré leurs lames. En même temps, on les sentait réticents à estourbir la demoiselle : d'abord ils n'avaient jamais tué de femmes, ensuite celle-ci ne semblait pas si fragile que cela.

_________________

Des peuples jadis suspendirent au-dessus d'eux une table du bien.
Telle est l’œuvre des fervents, elle se nomme aussi "bien et mal".

Il importe de briser toutes les Tables !



Dernière édition par Nurmahal le Jeu 30 Jan - 21:20, édité 1 fois
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Sang-mêlé
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Louha
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MessageSujet: Re: L'appel de la mer [PV Nur]   Jeu 30 Jan - 21:04

Combien de fois son père lui avait-il dit de regarder où elle courrait quand elle était petite ? Au moins un million de fois mais enseigner c'était l'art de répéter, et il semblait qu'une petite redite ne soit pas inutile. Elle pensait quand même avoir dépassé ce stade. Fallait croire que non...
La jeune fille sentit ses genoux buter contre un obstacle dur et, emportée par l'élan de sa course, elle n'eut pas le temps de rétablir son équilibre que déjà l'arrière de son crâne rencontrait brutalement le plancher en bois. Un peu sonnée, elle gémit de douleur et mit quelques secondes à comprendre ce qui venait de lui arriver et surtout, dans quelle position elle se trouvait ! Ayant basculée cul par-dessus tête, elle avait atterri sur le dos, une jambe sur le bord de la barque, l'autre écartée, exposant ainsi à la vue de tous sa petite culotte. Bordel !
Elle referma immédiatement les cuisses, morte de honte, et jeta un coup d’œil aux cinq hommes qui la contemplaient avec des yeux au moins aussi ronds que les siens. Ah ! Rectification : quatre hommes et un tigre. Grand. Très grand. Trop grand. Mais que faisait un hybride, armé de surcroît, en compagnie d'humains ?! Louha n'eut pas le temps d'éclaircir cet épineux mystère que déjà, l'aboiement menaçant de son frère de meute retentissait. Avec une rapidité que ne laissait pas présumer son corps imposant, le tigre sauta dans l'eau et se prépara à frapper, à tuer.

*Non pas ça ! songea-t-elle en se redressant. *

« Sourra !! »

Son cri le stoppa net et il la regarda surpris. Elle agita un peu ses oreilles pour lui faire comprendre qu'il ne devait pas intervenir. Peu emballé à l'idée de laisser sa sœur en si mauvaise posture, l'animal grogna et ébouriffa un peu plus son pelage en signe d'hostilité. Malheur à celui qui oseraient poser un doigt sur elle...
Une fois à peu près certaine qu'il ne tenterait rien de dangereux, elle reporta son attention sur l'hybride qui la détaillait avec suspicion.

« Ce loup est ton compagnon ? »

Sa voix abrupte la secoua un peu et elle acquiesça d'un hochement de tête. Maintenant que le désastre s'éloignait, malgré le fait qu'elle soit toujours dans une position des plus inconfortables, elle prit le temps d'examiner ses potentiels trancheurs de gorge, éventreurs, ennemis quoi. L'échelle des âges variaient entre les individus : un vieil homme, deux individus aux traits communs (sans doute des frères) d'une quarantaine d'années et un jeune gaillard qui transpirait légèrement de nervosité. Toutefois, son attention se reporta bien vite sur le tigre : massif et bien charpenté, il était difficile de lui donner un âge, néanmoins à son attitude guerrière, presque martiale, on devinait que c'était un vétéran. Et ses pupilles luisantes la scrutaient avec tant de suspicion qu'elle n'eut aucun mal à deviner le cheminement de ses pensées : espionne.
Comme pour confirmer sa théorie, sa voix grave résonna dans le calme de la nuit tel un grondement menaçant :

« Explique-toi, fit-il en fixant l'inconnue. Qui es-tu et que fais-tu ici ? Tu es à la solde de la Garde ? Si tu mens je le saurai, ajouta t-il, ne tente pas de t'enfuir, Mascerra ici présent excelle au lancer de couteau, et la lune est haute : il ne te loupera pas. »

Elle dévisagea le dénommé Mascerra (l'un des deux frères) et ne put empêcher ses lèvres d'esquisser un sourire en coin. Le pauvre ne semblait pas spécialement emballé à l'idée de lui planter son coutelas entre les deux omoplates ; ces compagnons non plus d'ailleurs. Pour l'hybride en revanche, son avis était plus partagé : peut-être hésiterait-il à la tuer, à l'estourbir beaucoup moins. Et ses adversaires étaient trop nombreux pour qu'elle espère s'en tirer en lutte à mains nues.
   Il lui restait toujours la possibilité de plonger dans l'eau et de nager suffisamment au large en apnée avant de regagner le rivage beaucoup plus loin. Cependant l'entreprise lui paraissait risquée : aurait-elle le temps de plonger suffisamment profond pour éviter les tirs ? Et Sourra ? Lui feraient-ils du mal ? Non, le risque était bien trop grand. Si seulement elle avait ses sabres ! Mais non, il avait fallu qu'elle les laisse derrière elle comme une gourde ! Restait l'option d'utiliser sa magie. Une petite bourrasque et hop ! Ils étaient bon pour un petit bain de minuit.
Elle soupesa le pour et le contre, et prit finalement le parti de garder sa magie secrète pour le moment. Ils devaient sans doute s'attendre à ce qu'elle maîtrise un quelconque pouvoir en lien avec sa race et cela pouvait très bien tourner à son avantage. Garder ses atouts dans sa manche était l'une des clefs de toute victoire. Et puis, ces curieux personnages l'intriguaient. Que faisaient-ils là en pleine nuit ? Sans doute une affaire de contrebande vu la manière dont ils protégeaient les trois grosses caisses. Toutefois, le fait que des humains voyagent en compagnie d'un hybride, auquel ils obéissaient de surcroît, était des plus déroutants. Était-il possible qu'ils appartiennent à la Pie Écarlate, cette association de brigands, meurtriers et malfaiteurs en tout genre dont tout le monde parlait ? Intéressant...
Prenant l'air le plus neutre qu'elle pouvait, la demoiselle croisa ses longues jambes nues, faisant légèrement remonter sa tunique sur ses cuisses, puis redressa le menton avec fierté. Ses vêtements trempés lui collaient à la peau, moulant ses formes certes plus humbles que celles de la plupart des elfes, mais suffisamment engageantes pour entendre certains avaler leur salive avec difficulté. Le tigre avait choisi ses armes, elle userait des siennes.

« Mon nom est Louha et ma présence ici est certainement moins suspecte que la vôtre. »

La jeune femme n'avait pu empêcher sa langue de fourcher. Il n'était sans doute pas bon d'énerver son interlocuteur mais cela faisait parti de sa stratégie. Lorsqu'on passait sa vie à assister son père dans la conclusion de contrats juteux, on apprenait quelques techniques pour soutirer des informations à son adversaire, notamment celle qui consistait à le défier comme s'il n'était pas dans une position supérieure à la vôtre. Mais devant l'impatience manifeste de son vis-à-vis, elle préféra poursuivre :

« Cela dit, je doute être votre principal soucis en cet instant. Mon cri a pu donner l'alarme et je suppose que votre petite transaction tournerait court si la garde s'en mêlait. »

Cette remarque fut accompagnée d'un coup d’œil insistant sur la marchandise, provoquant ainsi l'agitation chez les hommes. Bingo ! Elle venait vraiment de tomber sur quelque chose de lourd ! Cependant, sa curiosité fut bien vite reléguée au second plan lorsque son interlocuteur pointa la pointe de sa lance sur elle. Se sortir de ce mauvais pas lui sembla soudain bien plus important. Qu'allaient-ils lui faire ? La tuer ? Non. La kidnapper et la vendre ? Plausible mais peu probable. L'empêcher de parler dans un premier temps sans doute, mais après ? S'efforçant de ne pas y penser, la sang-mêlée s'accouda à la barque avec une désinvolture feinte. Des pas lointains résonnaient à ses oreilles. Il fallait faire vite.

« Écoutez, sans moi il y a peu de chance que vous arriviez à destination sans tomber sur une patrouille. En revanche, mon frère pourrait vous servir d'éclaireur et garantir ainsi votre sécurité à tous, en contrepartie de notre liberté une fois l'affaire conclue. »

La mention de son frère de meute sembla les déstabiliser et ils jetèrent des regards inquisiteurs alentour, tentant sans doute de percer la gangue ténébreuse pour le surprendre tapi dans l'ombre à quelques mètres d'eux. Elle désigna Sourra d'un petit mouvement de tête et il répondit par un grognement des plus éloquents. Ils se concertèrent en silence, évaluant leurs chances de réussite avec cet encombrant paquet en plus.
Toutefois les bandits semblaient peu disposés à coopérer et les soldats se rapprochaient. Ayant autant à perdre qu'eux s'ils découvraient une sang-mêlée en ville, Louha joua le tout pour le tout. Tant pis pour la stratégie, la meilleure victoire était encore celle de rester en vie et libre jusqu'au matin !

« L'horloge tourne messieurs et une patrouille approche. Faites votre choix maintenant. »

Quelques secondes muettes passèrent, s'étirèrent à l'infini... certainement les secondes les plus longues de sa courte vie. Lorsque enfin la voix du tigre retentit, elle relâcha son souffle qu'elle avait instinctivement retenu jusque là.

« D'accord, mais tu seras attachée et bâillonnée pour t'ôter toute envie de nous fausser compagnie. »

QUOOOIII ?! Elle se redressa brusquement, faisant tanguer la barque et le défia du regard, indifférente à la lame qui s'était automatiquement braquée sur sa gorge. La jeune femme plaqua ses oreilles en arrière et releva les lèvres sur ses petits crocs tandis que sa queue fouettait l'air avec colère. Se laisser attacher et traîner comme une vulgaire chèvre ? Jamais !
Mais avait-elle seulement le choix ? Pas vraiment non. Elle tendit finalement ses poignets de mauvaise grâce sans toutefois cesser de fusiller du regard ce présomptueux hybride. Il lui paierait cette humiliation !
Cette promesse dans ses pupilles arracha un léger sourire à son adversaire, sourire qu'il avait d'ailleurs fort joli : de belles dents bien blanches et bien rangées. Dommage qu'il ne lui donne l'impression d'être une souris particulièrement appétissante devant un chat. Un très gros chat. Eh merde ! Dans quoi c'était elle encore embarquée ? Tant pis, il était trop tard pour reculer à présent. Redresser le menton et faire face avec fierté. Une petite réplique de derrière les fagots s'imposait...

« Et n'oubliez pas mes vêtements. Je ne voudrais surtout pas vous gâcher le paysage. déclara-t-elle en ponctuant sa pique d'un roulement de hanche suggestif. »

Et les rougeurs qui s'épanouirent sur certaines joues étaient comme une petite victoire.

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MessageSujet: Re: L'appel de la mer [PV Nur]   Dim 2 Fév - 15:14

En réponse à sa mise en garde, qu'il avait pourtant crue plutôt dissuasive,  elle avait dévisagé Mascerra d'un air narquois, avant de sortir avec un aplomb peu croyable :

« Mon nom est Louha et ma présence ici est certainement moins suspecte que la vôtre. »

Sa voix n'avait pas tremblé, mais le rythme auquel sa poitrine se soulevait trahissait son agitation. Nur se décida à user de son don au lieu de céder à la colère qu'il sentait monter en lui (elle les mettait tous en danger et avait le culot de les narguer !) et fut rassuré. La donzelle n'était effectivement pas si sûre d'elle. Intérieurement, elle était en ébullition, comme le suggéraient les remous agitant son aura.

« Cela dit, je doute être votre principal soucis en cet instant. Mon cri a pu donner l'alarme et je suppose que votre petite transaction tournerait court si la garde s'en mêlait. »

Les marins tressaillirent, percés à jour. Cependant, un sourire mauvais était apparu sur les lèvres de Julius : la jeune fille venait de sceller son destin, elle avait vu leurs visages, découvert le motif de leur venue, il n'était plus guère possible de se contenter de l'assommer puis de l'abandonner là sur la plage, elle se ferait immanquablement cueillir par les patrouilles et serait bien capables de livrer leur signalement...

Quel sort allait-on lui réserver ? Nur savait que le vieux loup de mer était déjà en train de songer à tirer son coutelas en vue d'abréger le problème, et l'aurait aidé en d'autres circonstances. Mais pas en ce moment. Il s'agissait d'une hybride, ou d'une sang-mêlée à tout le moins, et il ne serait pas dit qu'il aurait provoqué la perte d'une des siens, même si elle menaçait le bon déroulement de l'opération. Il se souvenait encore de son père lui enseignant qu'aucun hybride n'était son ennemi, qu'il ne devait en aucun cas trahir son héritage en se faisant fratricide. Nurmahal grogna et cloua Julius sur place d'un regard explicite, le dissuadant de mettre son projet à exécution. Le forban grimaça mais laissa son arme où elle était. En contrepartie, Nur pointa explicitement sa lance sur l'intruse. Il n'avait pas l'intention de la laisser faire ce qu'elle voulait malgré tout.
La fille reprit la parole sans lui laisser le temps d'en placer une, visiblement bien décidée à se sortir du pétrin par elle-même.

«Écoutez, sans moi il y a peu de chance que vous arriviez à destination sans tomber sur une patrouille. En revanche, mon frère pourrait vous servir d'éclaireur et garantir ainsi votre sécurité à tous, en contrepartie de notre liberté une fois l'affaire conclue.»

 Elle avait raison, au moins en partie. Il sentait des échos d'auras approcher de leur position, et il y avait peu de chances qu'il s'agisse d'un groupe de sympathisants de la Pie. Ils n'étaient pas assez nombreux pour espérer neutraliser une patrouille avec une prisonnière et une bête sauvage dans leurs pattes. Si cela continuait ainsi, il devrait sacrifier quelqu'un pour égarer la garde. Ou bien...laisser son "frère" les guider ? Nur connaissait la manière dont les loups pensaient, et avait vite déduit qu'elle parlait du fauve qui continuait à les menacer en grondant. Ce serait un gros risque à prendre. Il y avait toujours la possibilité qu'il s'agisse d'une espionne et que son "frère" les conduise à un guet-apens...Mais elle ignorait que Nurmahal pouvait ressentir les auras à distance, et il y avait peu de chances qu'un mage capable de le tromper soit dans les parages. On serait donc assez vite fixés sur l'honnêteté de "Louha". Les pirates se concertaient encore lorsqu'elle les ramena une fois de plus au danger qui menaçait.

« L'horloge tourne messieurs et une patrouille approche. Faites votre choix maintenant. »

Nur échangea alors un regard entendu avec ses compagnons, puis annonça à l'effrontée qu'ils acceptaient le marché mais qu'elle serait ligotée et bâillonnée pour plus de sûreté. Cela n'eut pas l'air de lui faire plaisir puisqu'elle bondit littéralement sur place, menaçant de déséquilibrer l'embarcation, fusillant les flibustiers du regard. Le tigre, cachant mal une certaine satisfaction devant cette perte de sang-froid, lui lia les poignets. Ce qui n'empêcha nullement leur passagère de lancer une dernière boutade qui eut quelque succès, notamment auprès de Sorezzini. Julius la bâillonna malgré les grognements féroces du loup, puis Nur remorqua la barque jusqu'au sable fin. Les marins mirent pied à terre, et tandis que la jeune fille faisait comprendre à son loup qu'il allait devoir leur sauver la mise, Nur expédia le mousse chercher les affaires de la belle, ce que le jeune homme s'empressa de faire, malgré sa trouille de tomber sur la garde en chemin.

Ils ne l'attendirent pas pour partir et quittèrent la plage au pas de course, Nur transportant une caisse et sa lance d'un côté tout en gardant un œil sur sa prisonnière. Ils durent marcher vite et bien pour suivre le fauve, et chargés comme ils étaient dans du sable, ça n'était pas si évident que cela. Ils furent soulagés lorsqu'ils s'enfoncèrent enfin dans le dédale sombre et mouillé des ruelles de la ville basse. Ils étaient en terrain connu. Bien vite, Nur vit Sorezzini les rejoindre du coin de l’œil, mais il ne rapportait pas que des vêtements : quelque chose qu'il tenait dans ses bras accrocha un rayon de lune et éblouit momentanément l'hybride. Quelque parure féminine, sans doute...Mais mieux valait en avoir le cœur net.

Sans cesser de suivre le loup au pas dans les méandres d'Eldoria, le tigre fit signe au mousse de le rejoindre. Lorsqu'il vit les deux belles lames courbes dans les bras du mousse, il faillit s'arrêter net. Au lieu de quoi il sacra salement et reconsidéra la situation à la lumière de la découverte du mousse. "Louha" n'avait pas faibli d'un iota depuis le début de la course, et continuait à fusiller l'hybride du regard dés qu'elle en avait l'occasion. Son corps, souple et agile, supportait le rythme imposé par son animal, son endurance et sa force physique étaient de toute évidence plus importantes que ce que son apparence fragile laissait supposer. Il était également fort probable qu'elle sache se servir de ces lames. Qui était-elle vraiment ? Maintenant qu'il y réfléchissait, il lui trouvait quelque chose d'elfique... Il ordonna une courte pause, pour que la demoiselle récupère ses vêtements. Peut-être qu'ainsi les Mascerra et Julius seraient plus enclin à se concentrer sur le chemin plutôt que le fessier exposé de la prisonnière. Lorsque le mousse lui demanda silencieusement ce qu'il devait faire des lames, le tigre lui grogna de les garder par-devers lui. Et de se tenir aussi loin que possible de Louha. On ne se méfiait jamais assez, et le tigre avait bien remarqué le coup d’œil plein d'espoir que la jeune fille avait jeté aux lames courbes. Nur ne pouvait se permettre de prendre plus de risques s'il voulait mener cette mission à son terme.

A peine la jeune fille avait-elle fini de renfiler ses hardes que Nur les sentit. Il jura, prévint ses compagnons et brandit sa lance. L'instant d'après, le loup qui les avait devancés, réapparaissait au bout de la ruelle, poursuivi par au moins sept soldats. Le tigre s'était bêtement laissé distraire par les armes de l'intruse et n'avait pas pu les repérer avant. Quand au loup, le vent marin avait dû trahir son flair...En apercevant le petit groupe armé, les gardes tirèrent leurs épées et sommèrent les pirates de s'identifier. En réponse, Julius beugla un incompréhensible juron et tira son coutelas, les Mascerra l'imitèrent et Nur se redressa en grondant histoire de donner à penser aux vigiles.

Sorezzini l'appela, paniqué. L'hybride devina qu'il lui demandait s'il devait libérer la prisonnière et lui redonner ses lames. Dans cette situation, désarmée et entravée, risquant d'être confondue avec une bande de criminels, elle avait peu de chances de survivre à cette escarmouche nocturne. Nur grogna a son ami de donner sa chance à Louha. L'instant d'après, il était assailli simultanément par deux hommes visiblement peu impressionnés par sa stature.

D'une feinte de la pointe de sa lance, le tigre surprit l'un de ses adversaires et le cloua au sol d'un ample coup de poing qui fit plier l'armure de mauvaise qualité. Quelques côtes craquèrent également dans la nuit. Le cri de l'homme fracassé contre le pavé impressionna quelque peu son compagnon, qui se fendit d'un coup d'estoc peu inspiré pour masquer la peur qu'on lisait dans son regard. Le tigre le para tranquillement, attendant l'ouverture qui lui permettrait d'en finir. Le blessé, de son côté, tentait de se redresser sur les pavés glissant.

Mascerra l'aîné et Julius s'étaient placés dos à dos et étaient harcelés par trois lanciers plutôt doués puisqu'ils avaient déjà mis le cadet hors de combat d'un coup de hampe dans le plexus. Les pirates étaient réduits à esquiver comme ils pouvaient, faute de parer efficacement avec leurs lames.

Deux autres soldats avaient contourné Nur et se dirigeaient vers le mousse et la sang-mêlée ainsi que son animal. Elle avait apparemment récupéré ses lames et se tenait prête. Nur ne lui en voudrait pas si elle s'enfuyait sur le champ, ce serait assez logique. Mais il ne serait pas pour autant libre de la laisser s'évanouir dans la nature...Pas après tout ce qu'elle avait vu et entendu. Avec la force des Grands Esprits, il allait massacrer ces soldats, et si entre-temps la fille avait disparue, il se lancerait à sa poursuite. Il para une nouvelle attaque et riposta en montrant les crocs.

Allez, montre-moi ce que tu sais faire, petite peste.

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Des peuples jadis suspendirent au-dessus d'eux une table du bien.
Telle est l’œuvre des fervents, elle se nomme aussi "bien et mal".

Il importe de briser toutes les Tables !

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MessageSujet: Re: L'appel de la mer [PV Nur]   Mar 4 Fév - 23:55

Quel butor ! Il lui avait fait mal avec ses liens qui lui mordaient la chair ! Louha les éprouva un peu mais à part les resserrer et se faire encore plus mal, elle ne parvint pas à les faire céder. Il savait y faire avec les nœuds le bougre ! Ce qui confirmait ses doutes : elle était tombée sur une bande de pirates. Elle aurait dû être transportée de joie, à la place de quoi elle ne savait pas vraiment ce qu'elle devait éprouver : ce n'était certainement pas ainsi qu'elle avait envisagé sa première rencontre avec un pirate. Et le vieux qui s'y mettait aussi !

*Hé pépé ! T'es pas en train d'enfiler un mord à un cheval ! songea-t-elle avec humeur.*

À cet instant, elle se sentait un peu telle une pauvre petite créature suppliante ; elle en aurait presque crié « ça nous brûle ! Délivrez-nous d'elles ! » mais sa fierté était plus importante que son confort. Le tigre remorqua l'embarcation jusqu'à la plage, faisant jouer ses muscles puissants et une fois de plus, Louha se félicita de ne pas l'avoir défié en combat à mains nues. Elle mit pied à terre et tenta de faire comprendre à son frère de meute ce qu'on attendait de lui. Heureusement qu'il n'avait rien loupé de leur échange et qu'il avait déjà effectué des missions de ce genre sans quoi, elle aurait été bien incapable de lui expliquer sa tâche avec le bâillon.
Le mousse partit chercher ses vêtements et elle aurait bien aimé se rhabiller avant de se mettre en route cependant l'hybride en décida autrement. Certes, elle avait bien remarqué qu'elle ne lui faisait aucun effet contrairement à ses acolytes, ou alors il cachait drôlement bien son jeu, cependant elle le trouvait bien peu prévenant : ne lui était-il pas venu à l'idée qu'elle pouvait avoir froid ? Ce n'était peut-être pas évident au premier regard mais elle n'avait pas de fourrure elle et oui, elle se les gelait avec ce vent du large qui fouettait sa peau humide ! Et puis, croyait-il sincèrement qu'il était dans ses habitudes de se trimballer en petite tenue ? En théorie, elle était censée être seule à une heure aussi avancée de la nuit. Où était-il inscrit que la plage était réservée aux contrebandiers passé minuit ? Vraiment quel goujat !
Ruminant en silence à défaut de pouvoir articuler, elle emboîta le pas à son bourreau, rapidement suivie des autres. Lorsqu'enfin ils gagnèrent l'abri des ruelles, elle pesta encore plus : les pavés froids et mouillés glissaient sous ses pieds nus. Prenant garde à ne pas tomber, elle suivit docilement la marche sans éprouver la moindre difficulté, consciente néanmoins de l'attention malsaine qu'on portait à son fessier. Apparemment, la présence d'un appendice caudale poilu sortant de sa petite culotte ne semblait pas spécialement poser problème aux trois voyeurs derrière elle. Bon, elle ne pouvait pas non plus leur en vouloir sachant qu'elle exagérait très légèrement le roulement des-dites fesses.

* Allez-y mes agneaux, rincez vous l’œil, je saurais profiter de l'occasion.*

Certains pouvaient juger cette tactique basse et dégradante mais pas elle. Son père lui avait depuis longtemps appris à jouer de ses charmes pour atteindre ses objectifs. En outre, le rapport aux corps était très différent chez les elfes : on ne devait pas en avoir honte car il faisait partie intégrante de la nature et il n'était donc pas rare de voir deux elfes de sexe différent se baigner nus dans une rivière. Pas nudistes pour autant, ils ne comprenaient simplement pas toute cette pudeur que les humains s'imposait et beaucoup de marchands jouaient de leur beauté pour charmer leurs clients et leur extorquer de l'argent. Son père faisait parti de ces elfes-là. Après tout, si les gens étaient assez cons pour se faire avoir par une paire de miches...
Laissant-là ses considérations culturelles, Louha riva son regard sur le dos du tigre comme si elle cherchait à le brûler. En réalité, la jeune femme l'inspectait minutieusement, tentant de déceler une faille : ses épaules larges et musculeuses trahissaient d'un travail physique régulier (peut-être fermier ou apprenti forgeron?) tandis que ses larges mains qui empoignaient fermement sa lance semblaient capable de broyer une boîte crânienne sans réelle difficulté. Par ailleurs, le mouvement de son bassin témoignait de sa connaissance des déplacements rapides et fluides, de même que sa démarche légèrement courbée comme celle d'un lutteur. Non, décidément pas l'adversaire à affronter en combat singulier.
La sang-mêlée songea soudain qu'elle avait laissé ses sabres sur la plage avec ses vêtements. Merde ! Et si l'autre les abandonnait sur place pour éviter tout risque ? Elle ne garantissait pas de se retenir de l'étrangler s'il commettait une exaction pareille ! À ce moment précis, elle le vit se hâter vers la ville, un paquet dans la main sur lequel se refléta un cours instant la lumière de la lune. Victoire ! Le chef de leur petit groupe riva soudainement ses yeux luisants sur elle et l'inspecta comme s'il venait de la découvrir, la déstabilisant un peu. Toutefois elle n'en laissa rien paraître, trop fière pour cela et le défia du regard à défaut de pouvoir lui sortir une réplique cinglante. Un sentiment de soulagement descendit sur elle lorsqu'il ordonna une pause pour qu'elle se rhabille et la demoiselle ne chercha pas à s'en cacher. Toutefois elle déchanta rapidement : le fourbe envoya le jeunot à l'arrière de la file tandis qu'on l'entravait à nouveau. Saleté de chat !
Elle finissait de boucler se ceinture lorsqu'elle le ressentit. Elle ne savait pas par quelle magie, si c'était celle de l'amour ou celle de son instinct animal, mais ça lui prenait aux tripes aussi violemment que si on l'avait transpercée. Sourra était en danger ! L'instant d'après l'animal tournait dans la ruelle, une escouade de soldats aux trousses. Il se précipita entre ses jambes, queue basse et babines retroussées.

« Mais qu'est-ce que tu as foutu ?! l'engueula-t-elle après avoir retirer son bâillon (autant pour le silence, c'était trop tard!). Pourquoi es-tu revenu au lieu de les semer ? »

Le loup émit un grognement et tira sur sa patte de pantalon en direction du seul chemin encore libre. Il les avait évidemment attirés pour qu'elle puisse s'enfuir ! Mais, au lieu de se sentir touchée par son attention, Louha en conçut une virulente consternation.

« J'ai donné ma parole Sourra ! Et une elfe respecte toujours sa parole ! »

Il secoua la tête en soufflant négligemment par les naseaux, montrant ainsi tout le respect qu'il éprouvait pour Calaën. Elle s'abaissa à sa hauteur et prit sa douce tête entre ses mains pour lui permettre de lire en elle ; le seul qui en ait le droit. Bien qu'elle en veuille à son père de l'avoir privée de son héritage hybride, elle ne renierait pas pour autant les valeurs qu'il lui avait transmises : « Un elfe tient toujours sa parole, quoi qu'il lui en coûte. Si tu ne comptes pas la respecter ne fais que des promesses, car celles-ci n'engagent que ceux qui y croient. »

« Je leur ai donné ma parole de les emmener sains et saufs au lieu de leur rendez-vous et c'est ce que je ferai, avec ou sans toi. »

Les pupilles ambre brillèrent un court instant de tristesse à l'entente de cette dernière phrase cependant, l'étreinte fragile qui se raffermit sur sa mâchoire lui confirma qu'elle ne désirait pour rien au monde l'abandonner. Le loup s'ébroua en jappant d'impatience cette fois. Elle lui ébouriffa le poil entre les oreilles avant de se relever et de saisir le jeunot par le col.

« Qu'est-ce que tu fous à rester là sans rien faire ? Libère-moi ! »

Le mousse secouait la tête de droit à gauche en signe de déni mais elle insista tant et si bien qu'il finit par héler son supérieur. À sa grande surprise, ce dernier lui fit signe de s'exécuter et ce fut avec bonheur qu'elle retrouva sa liberté de mouvement, ainsi que ses sabres. En un instant, elle évalua la situation : deux soldats étaient aux prises avec le tigre, trois autres avec le vieux et les frères dont l'un était d'ailleurs à terre, et les deux derniers fondaient sur eux. Le gringalet derrière elle tira sans grande conviction son arme. Saurait-il seulement s'en servir ? Rien n'était moins sûr étant donné la tête qu'il tirait. Un novice sans doute.

« Sourra reste avec lui. ordonna-t-elle en s'élançant. »

La guerrière savait bénéficier de l'avantage dans ce couloir d'étranglement car leurs assaillants se gênaient mutuellement dans leurs mouvements tandis qu'elle, elle n'était que fluidité et souplesse. Dès que les gardes esquissèrent un geste, elle frappa : se coulant le long du bras du premier, profitant de cet élan pour lui asséner un grand coup de pommeau derrière la nuque et para le second assaut avec facilité avant de lui balancer un coup de pied dans l'estomac. Le son d'une lame siffla à ses tympans et elle se pencha pour esquiver l'attaque sournoise venant de derrière, roula en arrière puis bondit sur ses pieds pour une nouvelle valse des lames. Les siennes mordirent bientôt dans la chair d'un bras, une fraction de secondes avant que le pommeau vienne de nouveau fracasser une mâchoire d'un revers dévastateur.
L'assaut continua ainsi quelques minutes puis se solda par la victoire de Louha dont le dernier adversaire gisait au sol, assommé. Apercevant du coin de l’œil le duo en difficulté, elle se jeta dans la bataille, générant un instant de surprise totale qu'elle mit à profit pour croiser le fer avec un ennemi. Les deux autres se répartirent les soldats restant et se débrouillaient plutôt bien à un contre un.
Soudain dans l'entrechoquement des lames et des bruits de lutte, la jeune femme distingua sans peine l'aboiement de Sourra : le poil tout ébouriffé par la colère, il était aux prises avec l'un des gardes qu'elle pensait avoir étourdi et l'affrontement ne tournait pas à son avantage. Fin traqueur et chasseur, il n'était cependant pas taillé pour les combats rapprochés, surtout contre un guerrier discipliné. Celui-ci n'eut d'ailleurs qu'à attendre que l'animal bondisse pour le cueillir d'un coup de hampe en plein abdomen.

« Sourra ! »

Son sang ne fit qu'un tour : elle neutralisa son adversaire sans prendre la peine de vérifier s'il était seulement groggy ou bien mort, et s'élança sur le garde qui s'apprêtait à achever son frère de meute. Elle ne fit pas dans la dentelle et le percuta de plein fouet d'un bon coup d'épaule. Ils roulèrent sur le parvis froid. Elle cria lorsque son coude rencontra violemment une pierre, sa main s'ouvrit et son sabre glissa quelque part dans la pénombre.
Mais elle n'eut tout juste qu'une seconde pour jurer que déjà, une poigne d'acier se refermait sur son autre main et l'immobilisait. Une affreuse douleur à la pommette la foudroya peu de temps après et elle se débattit contre le garde décidé à la frapper à mort. Dans la lutte de leurs deux corps, elle se sentit plaquée au sol et des doigts s'agripper au tissu de son épaule gauche. Un vent de panique balaya ses pensées alors que les souvenirs de ce même jour déferlaient en elle : son père la plaquant brutalement face contre terre devant l'âtre de la cheminée ; son père arrachant son haut pour dévoiler une omoplate nue ; la souffrance et la honte se mêlant étroitement telle deux consœurs aux griffes acérées. L'horreur à l'état brut.

« NOOOOON ! »

Elle tenta de repousser l'homme mais il pesait de tout son poids sur elle, l'empêchant de trouver des prises auxquelles s'agripper pour retourner la situation en sa faveur.
Elle était terrorisée, comme cette nuit-là.
Elle était démunie, comme cette nuit-là.
Mais aujourd'hui elle allait mourir.
À ce moment, le garde hurla tandis qu'un loup écumant de rage lui broyait le bras, bien décidé à ne pas lâcher prise. Ce fut le déclic. Tout ce que sa personnalité contenait de bestial jaillit dans une grande vague d'instinct pur et elle se jeta à sa gorge. Ses crocs perforèrent la peau tendre et l'homme hurla. Elle sentit la jugulaire éclater sous la pression, goûta au sang vermillon se déversant sur sa langue, perçu avec un sentiment de délice teinté d'horreur son souffle devenir rauque à mesure qu'il mourrait. Il tenta bien de se soustraire à l'horrible morsure, néanmoins plus il s'agitait et plus les deux prédateurs raffermissaient leurs prises sur sa chair jusqu'à ce que son dernier hoquet d'agonie ne le rende flasque entre leurs crocs.
Alors seulement ils consentirent à le relâcher.
Louha mit un peu de temps à reprendre ses esprits, toute embrumée qu'elle était par cet instinct lupin aussi rare qu'inattendu. Trop de sensations, trop d'adrénaline, trop de sang, trop de trop et de tout à la fois. Elle ne réagit ni au petit cri étranglé du mousse devant ce spectacle morbide, ni à celui du dernier ennemi, pas plus qu'au bruit des pas qui se rapprochait. Ce ne fut que lorsque son frère vint lui nettoyer la figure qu'elle reprit enfin pied. Ses paupières papillonnèrent comme si elle sortait d'une sorte de transe et elle le regarda d'un air un peu absent.
Et puis elle sentit le poids mort dans ses bras...
Ses yeux s'écarquillèrent d'horreur et elle se releva rapidement, s'éloignant du cadavre le plus vite possible. Elle buta contre quelqu'un. Le tigre. Ses prunelles brillaient dans la pénombre telles deux lucioles flamboyantes, ne la lâchant pas. Elle recula lentement, apeurée par l'intensité avec lesquelles elles la fixaient. La jeune fille s'essuya machinalement la bouche, telle une gamine prise à se goinfrer en cachette. Le goût ferreux du sang emplissait toujours sa bouche, son odorat, sa tête comme s'il cherchait à l'enivrer de sa funeste saveur. Louha savait qu'un prédateur ayant goûté à la chaire humaine y revenait toujours immanquablement ; et le loup était un chasseur ; et elle était une louve. Elle connaissait tout autant qu'elle redoutait le pouvoir terrible du sang, le plus simple à apprécier à tel point que même certaines personnes ne pouvaient plus s'en passer. Elle lança un appel de détresse muet au tigre qui continuait à l'observer sans rien dire. Était-il confronté au même problème qu'elle ou y avait-il déjà pris goût ?
Puis elle constata que les humains la regardaient également, mais avec cette lueur écœurée et craintive qu'on réservait d'habitude aux êtres les plus abjectes. Insupportable. Ce regard lui était insoutenable, car elle s'y reflétait dans son apparence la plus bestiale, car il la condamnait, car il la terrifiait. Mais qu'avait-elle fait ?! Bien sûr elle avait déjà tué, cependant jamais de manière aussi... sordide et uniquement lorsqu'elle ne pouvait faire autrement. Elle aurait dû choisir une autre solution, aurait dû trouver un moyen de le désarçonner, de le faire lâcher prise. Elle porta une main à son épaule meurtrie d'où pointaient quelques perles écarlates. Pourquoi avait-elle perdu ses moyens lorsqu'il l'avait touchée ? Pourquoi était-elle...
Ses yeux accrochèrent les globes morts et une montée de bile acide lui remonta dans la gorge. Ce pauvre homme devait avoir une famille, des amis, un avenir, il ne faisait que son boulot après tout et elle, elle venait de tout lui prendre d'une manière si barbare ! Pour la première fois de la soirée, elle envisagea sincèrement de s'enfuir loin de ce groupe qui ne la considérait sans doute pas mieux qu'une bête à présent. Qu'il serait aisé de disparaître dans la nuit comme elle en était apparue et se retirer dans les bois avec Sourra pour toujours ! Loin, bien loin de toute cette violence, bien loin de leurs regards accusateurs, bien loin de son rêve... Les larmes affluèrent et sa respiration se fit plus erratique à mesure que la panique montait.
Une main ferme s'abattit sur son épaule blessée, la sortant de ses sombres pensées. Le tigre, encore.

« Ne me touche pas ! hurla-t-elle en se dégageant. »

Non il ne fallait pas qu'il voit, il ne le fallait absolument pas !

« Ne me touche... surtout pas ! répéta-t-elle dans un sanglot étouffé. »

Pourquoi pleurait-elle? Quelle idiote! Ils ne devaient pas croire qu'elle faiblissait ou s'en était fini d'elle! Jamais elle n'accepterait qu'un mâle la traite comme une petite chose fragile qu'il fallait protéger! S'essuyant rageusement le visage, elle se drapa dans les restants de son orgueil blessé et se recroquevilla dans un coin où elle entreprit de déchirer les restes de sa chemise pour s'en faire un bandage de fortune. Une fois terminé, elle s'approcha du cadavre du soldat et se mit à califourchon sur son torse.

« Qu'est-ce que tu fais ? demanda l'un d'entre eux d'un ton hargneux.
- Je cache mes traces. Les traces de dents ne sont pas assez écartées pour faire croire à l'attaque d'un animal sauvage. Ceux-ci ont la mâchoire bien plus grosse et puissante que la mienne. Si je le laisse tel quel, les soupçons retomberont inévitablement sur les hybrides de la ville et je ne tiens pas à ce que des innocents payent pour mon crime. »

Son explication avait été prononcée d'une voix qui se voulait détachée, sans toutefois regarder son interlocuteur. Elle n'était pas prête à affronter ses yeux, voulait juste en finir avec cette nuit qui n'en finissait plus. Louha entreprit alors de taillader la gorge de sa victime et faillit vomir au moins deux fois pendant l'opération. Elle essuya ensuite ses mains et ses lames sur sa veste en lambeaux et enfouit son visage dans l'épaisse fourrure de son frère de meute pendant que les bandits rassemblaient la marchandise et vérifiaient que personne n'était grièvement blessé. Le jeune homme lui ramena son sabre et elle s'en saisit avec un « merci » du bout des lèvres. Quelqu'un s'approcha pour lui lier à nouveau les mains mais elle ne fit pas attention à son identité.
On lui demanda si c'était son premier, elle répondit que non.
On lui demanda si ça allait aller, elle assura que oui.
On lui demanda si elle ne voulait pas qu'on jette un coup d’œil à son épaule, elle répliqua qu'elle taillerait dans le gras du premier qui s'approcherait d'elle.
On ne lui demanda plus rien, et c'était tout ce qu'elle désirait.

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MessageSujet: Re: L'appel de la mer [PV Nur]   Lun 10 Fév - 16:30

L'homme d'arme qu'affronte Nur est loin d'être manchot, et jusqu'ici, il a brillamment esquivé toutes les attaques du tigre. Il s'est débarassé de sa cape encombrante, porte une armure en cuir léger, et en joue astucieusement, conscient que sa vie dépend de sa vivacité. Les divers coups d'estoc qu'il porte à l'hybride sont habiles et bien placés. Mais Nur n'a pas le temps de jouer, et s'il n'en finit pas au plus vite, il sent que les choses vont très mal se terminer pour l'expédition déjà fort compromise. Alors il se ramasse et bondit brusquement en avant, s'exposant un bref instant à la lame de l'autre, et, profitant de la surprise, le plaque contre le mur d'un coup latéral. La tête de l'homme heurte les pierres et il lâche son arme, sonné. Son armure est à moitié entamée par la large lame et un filet de sang commence de s'écouler.  Il ne se réveillera probablement jamais. Dans le doute, Nur lui écrase la gorge du pied avant de se détourner de lui. Il grogne d'un air satisfait; peu de personnes savaient exactement comment réagir lorsqu'un tigre en arme leur sautait dessus. Si la méthode était dangereuse, elle avait le mérite d'être décisive.

Il regarda autour de lui. Les gardes gisaient tous à terre, désarticulés, triste pantins de métal sur les pavés humides et empourprés. Les siens étaient tous saufs, même Sorezzini qui tremblait encore comme s'il avait lui-même tué tous ces hommes. Julius croise le regard du tigre et hoche la tête : ils s'en étaient tirés.

Et puis il y avait ces cadavres que le loup ne quittait pas des yeux. Un garde étalé sur ce qui semblait être Louha. Nur et les pirates se rapprochèrent, persuadés que c'en était fini de l'impertinente de minuit; mais non, quelque chose, sous le garde, respirait encore. Sorezzini poussa un petit cri effrayé.


Nur s'approcha encore et admira le spectacle qui s'offrait à lui. La jeune fille étourdie qui déambulait innocemment sur la plage nocturne avait disparu, ainsi que la peste provocatrice et arrogante qui avait eu le culot de négocier sa peau avec des forbans endurcis. Quelque chose d'autre avait pris sa place.
Elle était là, à terre et ensanglantée, sous le cadavre de l'homme d'arme qu'elle avait expédié. Une grimace féroce déformait son joli minois purpurin, et elle ne semblait pas parvenir à mettre de l'ordre dans ses idées. Elle avait mordu l'homme à mort, elle l'avait saigné comme un vulgaire verrat, le sang continuait à s'écouler de l'atroce plaie, trempant ses vêtements. Nur vit une expression de dégoût et de répulsion apparaître sur le visage de ses compagnons. Le loup, geignant doucement, lécha le visage de Louha à quelques reprises, affectueusement. Alors la grimace disparu tandis que la jeune fille reprenait ses esprits. L'horreur se peignit sur son visage et elle se dégagea frénétiquement de l'étreinte de sa victime. Elle rebondit contre le torse de Nur, tressaillit, et le fixa en reculant d'un air farouche et implorant. Il lui retourna son regard, intérieurement en ébullition. Il voyait ce qui se passait en elle, et cela le répugnait. Avant de céder à  l'envie de la couper en deux, il intériorisa sa fureur et en chercha l'origine dans les remous de l'âme de la jeune fille, passant à un autre niveau de perception, plus chaotique mais plus profond.

 Elle semblait dévorée de crainte et de confusion. Pourtant, quelque chose venait de voir le jour en elle, quelque chose qui voulait tuer le monde insensé construit et protégé par ces hommes en armure, lui crever les entrailles au ciel, l'ouvrir au large, et Nur qui soudain ne peut détacher son regard d'elle découvre au milieu de sa colère comment les mille et une facettes de la beauté peuvent se retrouver unies sur la face d'une enfant perdue qui vient de tuer un homme et de goûter son sang. Mais déjà le moment s'estompe, la beauté est souillée, l'enfant a honte, elle trébuche, rongée par sa propre faiblesse. Sa force de prédatrice la quitte. La culpabilité l'étreint comme le ferait un serpent venimeux et la détresse envahit son âme. "Il avait une famille ! Il était innocent ! Tu l'as tué ! Tu es un monstre !" doit lui souffler la petite voix malingre de sa conscience humanisée. Le tigre se rend compte que c'est cette insidieuse voix de la raison qu'il aimerait abréger d'un coup de lame.

Devant lui se tenait l'essence tout le mal qu'on apporté les Hommes qui vinrent autrefois en Eldoria. En elle il ne subsistait plus rien de l'antique fierté des guerriers hybrides des premiers jours, ceux qui goûtèrent le sang des hommes et leur enseignèrent la crainte. Les hommes avaient ensuite volé la force et la vitalité du Peuple à coups de fouets, de mensonges et de chaînes, les avaient conditionnés à éprouver de la honte lorsque leurs instincts de tueurs réapparaissaient, à l'image de cette enfant qui ne voyait pas combien elle était belle baignant dans le sang fumant de son adversaire, et qui laissait la peur la submerger. Ils les avaient humanisés. En cet instant précis, elle aurait dû esquisser un pas de danse, sourire et remercier son sang de l'avoir préservée, pas offrir un pareil spectacle.

Brusquement, Nur revient à un niveau normal de perception. L'urgence dans laquelle ils se trouvent lui revient, surclassant les considérations qui l'agitaient un instant plus tôt. Ils doivent bouger, mener la transaction à bien.
Il s'avance, veut la secouer, lui dire qu'il n'y a pas d'innocent, surtout pas sous l'uniforme Eldorien, qu'il n'y avait aucune raison de craindre ce sang de bêtes qui coulait en eux. Mais elle se dérobe à son étreinte, et crie, au bord des larmes. Alors il garde le silence.

Un peu plus tard, alors que des liens enserrent à nouveau les poignets de la jeune escrimeuse et que le frère Mascerra est remis du mauvais coup qu'il a pris, le petit groupe poursuit sa traversée nocturne. Le rythme est effréné cette fois, une rumeur court les quartiers, des fenêtres s'ouvrent sur leur passage, des portes s’entrebâillent. L'affrontement n'est pas passé inaperçu, heureusement il n'y a pas grand-monde dans le coin pour se risquer à démasquer des hommes qui ont laissé une patrouille sur le carreau.

La pensée de la jeune hybride ruisselante des fluides vitaux de sa victime ne quitte pas l'esprit de Nur. Elle s'était fortement compromise avec eux, à présent. Qu'allaient-ils pouvoir en faire ? Le porche où le rendez-vous devait avoir lieu n'était plus très loin à présent. Il n'avait que peu de temps pour se décider. Soit ils lui laissaient la vie sauve, soit les rues d'Eldoria compteraient un macchabée de plus avant l'aube. Ce qui conclurait de fort triste manière leur petite épopée.

C'était alors qu'il se trouvait aux prises avec ses pensées que l'ami Sorezzini parvint à sa hauteur et lui fit signe qu'il avait quelque chose à dire.

Nur l'écoute sans mot dire, puis hoche la tête. Comment n'y avait-il pas pensé plus tôt ? Cela semblait une issue bien plus raisonnable que les alternatives précédemment évoquées...Enfin cela dépendait du point de vue duquel on se plaçait.

Quelques détours plus tard, ils étaient au lieu de rendez-vous. Quatre hommes encapuchonnés les attendaient dans l'ombre. L'un d'eux s'avança à la vue des pirates et retira son capuchon : Glarkus Barandro, maître contrebandier et proche collaborateur de la pie. Un homme carré, chauve et barbu, aux yeux d'un bleu très clair qui rendait sa physionomie de gladiateur assez impressionnante. On eût dit qu'il pouvait lire l'âme de ceux dont il croisait le regard.

-T'as les armes, l'Hybride ?
-Et toi, t'as l'argent ?
*l'homme secoue une grosse bourse de cuir sale*
-Très bien. Julius.

À ces mots, les Mascerra et Julius s'avancent et déposent leur fardeau;aussitôt récupéré par les hommes de Glarkus qui s'enfoncent dans l'ombre derrière leur chef pour ne plus reparaître.

-On peut te faire confiance, Oeil-Froid ? lance Julius.
-Tant que je récupère un tiers de la marchandise, ce sera le cas, vieux schnock, t'inquiètes donc pas, je m'occuperai de ravitailler les bases que ton chef m'a indiquées. Dis-moi plutôt fit-il en désignant la jeune sang-mêlée, c'est qui celle-là ? Une conquête nocturne ?
-T'occupes, grogna l'hybride, rien qu'une pauvrette égarée. On s'occupera de son cas plus tard.
-Vous avez plutôt intérêt. Elle a vu mon visage. Si vous l'abrégez pas vite fait, je suis dans la panade !
-Oh ferme-la Glarkus chéri, rigola Julius, toute la ville sait dans quelles affaires tu trempes. Pas comme si le capitaine de la garde était pas ton beau-fils !

D'un geste rageur, l'homme remit son capuchon, lança la bourse pleine d'espèces sonnantes et trébuchantes à l'hybride et partit sans les saluer. Nur se tourna alors vers le dernier problème qu'il lui restait à régler. A cet instant précis, elle devait attendre de lui qu'il respecte sa part du marché et la libère elle et son animal. Ce qui allait suivre n'allait certainement pas lui plaire :

-On retourne au canot. On réglera son cas sur la plage. Julius, tu vas remplacer Sorezzini, je veux que tu la tiennes à l’œil. Ressert ses liens. Je m'occupe de calmer le loup.


Une heure plus tard. Le petit groupe de pirates est remonté à bord de l'embarcation, à l'exception de Nur qui se tient sur le sable, face à une Louha libre de ses mouvements et son loup blanc. Le tigre tient les deux sabres de la jeune fille dans une main, sa lance dans l'autre. Un peu de son sang coule le long des lames acérées. Le tigre affiche l'expression impassible qui lui est coutumière. Pourtant, il est anxieux : le soleil ne va plus tarder à se montrer. Ce n'était plus qu'une question de quelques heures. De plus il semble ne pas pouvoir détacher son regard de la large tâche rouge qui auréole les frusques de la demoiselle. De sa lance, il désigne un point dans la brume qui recouvre les eaux.

-Là-bas se trouve le vaisseau d'où nous venons.

Louha se tait, ne sachant visiblement pas sur quel pied danser. Le tigre devine qu'elle se serait enfuie volontiers s'il ne s'était agit des armes qu'il détenait encore. D'un geste, il lui lance les lames, qui  tombent aux pieds du duo. Il enchaîne sans leur laisser le temps de reprendre leurs esprits.

-Maintenant je te donne le choix : tu peux venir avec nous de ton plein gré, ou choisir de me défier : si tu me vainc, tu seras libre d'aller et venir à ta guise.  Si je l'emporte, tu devras servir sur le navire de mon capitaine.

Ce n'était pas un véritable choix qu'il lui proposait là mais secouée comme elle était, elle aurait bien du mal à se soustraire à l'enquête de la Garde de la ville. C'était une meilleure alternative que celles consistant à finir découpée dans les geôles du Donjon ou dévorée par la vermine sur le tas de déchet d'une ruelle anonyme où il faudrait des semaines avant que son corps soit découvert. À vrai dire c'était sans doute le mieux qu'il puisse lui offrir en ce moment. Ou en tout cas, c'était ce dont il tentait de se convaincre.

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MessageSujet: Re: L'appel de la mer [PV Nur]   Dim 16 Fév - 20:51

La course reprit, sous les regards inquisiteurs de quelques curieux réveillés par les bruits de l'affrontement, sans qu'aucun n'essayent cependant de les arrêter. Ignorer leurs visages, c'était aussi entretenir le mystère duquel naîtrait la rumeur qui courrait bientôt les rues de la capitale et agiterait les esprits pendant quelques temps, avant qu'ils ne s'en retournent à leur quotidien monotone. Louha suivait son chaperon sans vraiment y faire attention, trop occupée, ou perturbée plutôt, par le meurtre qu'elle avait perpétré. Il lui faudrait rejoindre sa chambre et quitter la ville rapidement après le lever du soleil, une fois les grands portes ouvertes, si elle ne voulait pas se retrouver prise dans l'étau de l'enquête de la garde. Les étrangers étaient malheureusement toujours les premiers soupçonnés et ses sabres pourraient fortement la compromettre.
Son estomac se tordit une nouvelle fois à l'évocation de la profanation du cadavre du soldat. Non surtout ne pas y penser, rester concentrée sur son objectif à savoir recouvrer sa liberté au plus vite ! Elle ne s'était déjà que trop impliquée avec cette bande de forbans, il devenait urgent de s'éclipser jusqu'à ce que la situation se décante. Cela pourrait prendre quelques mois, des mois qu'elle mettrait à profit pour voyager vers une autre ville portuaire. Un nouvel obstacle sur sa conquête de la mer mais avait-elle seulement le choix ?
La jeune femme se sentait démoralisée en songeant que son rêve lui glissait entre les doigts après tant d'efforts. Sentant son mal-être, son frère vint courir dans ses jambes en agitant la queue pour lui assurer son soutien. Elle lui offrit un maigre sourire. Pour l'heure, la priorité était de s'en sortir vivants.
La transaction s'effectua aussi rapidement qu'elle se l'imaginait. Toutefois les choses se gâtèrent lorsque le contrebandier la remarqua. Eh merde ! Ils n'allaient tout de même pas écouter cette espèce d'ivrogne mal luné ?! À son grand soulagement, il n'en fut rien et l'autre les laissa seuls. Louha se tourna alors vers le tigre : elle avait tenu sa part du marché, à lui de tenir la sienne. Malheureusement pour la jeune sang-mêlée, son soulagement ne fut que de courte durée lorsqu'il ordonna de resserrer ses liens. Ça ne sentait pas bon cette histoire !

*********
Une heure plus tard, elle est enfin délivrée de ses entraves. Elle se frotte les poignets sans quitter des yeux son vis-à-vis, attendant avec une angoisse croissante qu'il lui rende ses sabres et sa liberté. Un peu de sang coule de ses paumes mordues par le fil acéré des lames.
Et pourtant, l'hybride reste impassible. Il se contente de la regarder, d'un regard qui la met mal à l'aise car non dépourvu d'intérêt. Bien qu'elle ait tenté à maintes reprises de détourner sa vigilance par ses formes, il ne l'a jamais regardée comme les autres l'ont fait. Point de désir, point de tentation, il ne ne s'est pas laissé berner par son corps et encore moins par son petit manège. Elle était une ennemie point. Alors oui, cette attention soudaine pour sa personne est plus que perturbante. Pourquoi maintenant ? Pourquoi en cet instant précis ? Pourquoi sur cette plage et pas dans les ruelles ? Pourquoi ?! Ou plus exactement pour quoi ?
L'angoisse monte, étire ses filaments noirâtres dans tout son être et elle chancelle. Elle reconnaît cette lueur de convoitise au fond de ses pupilles : il attend quelque chose d'elle. Oui mais quoi ?! La réponse vient plus rapidement qu'elle ne s'y attendait.

« Là-bas se trouve le vaisseau d'où nous venons. déclare-t-il en désignant de sa lance un point minuscule au large. »

Louha garde le silence, déconcertée. Elle voit bien qu'il s'agit de son navire et devine que cette phrase sous-entendait autre chose. Peu importe, elle ne veut pas savoir, ne veut plus rien avoir à faire avec lui, avec eux, veut seulement qu'il la relâche. Oh ! Elle aurait pu s'enfuir depuis longtemps s'il ne tenait pas ses précieux sabres en otage. Alors elle attend dans l'expectative d'un départ rapide et sans accroche.
Finalement le tigre les lui envoie et elle s'en saisit avec bonheur. Enfin libre !

« Maintenant je te donne le choix : tu peux venir avec nous de ton plein gré, ou choisir de me défier : si tu me vainc, tu seras libre d'aller et venir à ta guise. Si je l'emporte, tu devras servir sur le navire de mon capitaine. »

Ou pas. Servir. Elle bloque. Ce mot ressemble désagréablement à servitude non ? Qui dit servitude dit esclavage ; qui dit esclavage dit privation de liberté. Elle s'étrangle. Il est absolument hors de question qu'elle se soumette à l'autorité de qui que ce soit qu'elle n'aurait pas estimé digne de respect ! Certes, il ne semble pas être un mauvais bougre mais qu'en est-il de son capitaine ? Et de toute manière elle n'apprécie pas sa manière de la mettre au pied du mur. Venir de son propre chef ou en tant que prisonnière, ce n'est pas un choix ça ! Chose qu'elle lui fait remarquer immédiatement :

« On avait un marché : je vous conduisais sans encombre à votre rencontre et vous me relâchiez aussitôt après. Je ne suis peut-être qu'une demi-elfe mais j'ai été élevée dans la tradition elfique et on a coutume de respecter la parole donnée. »

Cette phrase sonne comme une insulte à l'encontre de son interlocuteur car elle sous-entend clairement qu'on ne peut lui faire confiance. Cependant il reste imperturbable, la déstabilisant un peu plus. Quelle attitude adopter face à un monolithe de détermination et d'impassibilité ? Fuir ? C'est contraire à tous ses principes et elle pressent qu'elle n'aura pas l'avantage à ce petit jeu. Se battre ? En d'autres circonstances, elle n'aurait pas hésiter mais cette nuit, après l'éveil de son instinct de prédateur, elle se sent étrangement vidée. Faiblesse qui pourrait très bien tourner à son désavantage contre un adversaire aussi entraîné.
Que faire ? Le soleil se lève dans deux heures à peine et elle aimerait bien prendre un peu de repos avant de quitter la ville. Lui aussi doit également être anxieux à ce propos. Bon tant pis, elle tente le tout pour le tout. Elle va lui montrer à ce sale menteur qu'on ne rompt pas impunément un contrat passé avec une elfe ! Fermant les yeux, elle inspire profondément et se met en garde.  Lorsqu'elle soupire, elle chasse en même temps toutes émotions nuisibles pour se concentrer sur l'affrontement à venir. Son corps tout entier est tendu vers cet unique objectif : la victoire.
Mais avant toute chose... elle se jette sur lui et abat ses sabres. L'attaque est parée sans aucune surprise.

« Jure sur les Grands Esprits. siffle-t-elle avec hargne. Jure-le ! »

Seule manière d'être certaine qu'il tiendra parole. Puis elle enchaîna avec une série de coups rapides pour l'inciter à se dépêcher de répondre.


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Nurmahal
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MessageSujet: Re: L'appel de la mer [PV Nur]   Lun 17 Fév - 22:56

On avait un marché : je vous conduisais sans encombre à votre rencontre et vous me relâchiez aussitôt après. Je ne suis peut-être qu'une demi-elfe mais j'ai été élevée dans la tradition elfique et on a coutume de respecter la parole donnée.

Après une tirade pareille, elle allait sûrement relever son défi. Sur la barque, des murmures approbateurs. Les matelots sont sans doute surpris qu'il ait brisé sa parole aussi simplement. L'hybride reste de marbre. Les mots de la jeune sang-mêlé se faufilent dans son esprit et trouvent un écho dans la mémoire de l'ancien esclave. Il revoit son père enchaîné, assis dans l'ombre, parlant doucement de sa voix rauque et basse, forgeant les chaînes qui couvriraient son fils en enseignant à ce dernier l'ignominie des hommes, et lui donnant en même temps les moyens de voir ces chaînes. "Tu ne vivras que pour voir notre peuple libre. Tel sera ton héritage, ta bénédiction, et ta perte, car tu ne pourras exister en dehors de ce but premier. Tu croiras être libre, lorsque tu seras loin d'ici. Mais tu seras enchaîné, toi aussi. Alors tu te feras une promesse à toi-même : celle d'être le dernier de notre race à porter de pareils fers." À l'époque, le jeune hybride n'avait pas saisi le plein sens de ces mots. Ils s'étaient révélés dans toute leur inéluctabilité des années plus tard, et Nur, amer, avait haï son père.

Il ne pouvait y avoir qu'un but. Le reste, y compris son allégeance à la Pie écarlate et les compagnons qu'il y avait trouvés, ne comptaient pas. Il trahirait, mutilerait, tuerait sans remords tout non-hybride s'il se mettait entre lui et ses objectifs. Il se l'était juré autrefois, fuyant dans les bois sombres, il avait donné sa parole alors que derrière lui sa seule famille périssait sous le feu et les lames.

En dehors de ces considérations, il n'obéissait qu'à ses désirs.
Et il ne voulait pas voir cette jeune fille partir. Bien sûr, si elle le vainquait, alors il n'aurait plus qu'à se soumettre. Il ne jouerait pas sur les mots comme un homme aurait pu le faire. Il ne chercherait même pas à la persuader de rejoindre son point de vue. Un regard, une attitude suffisent.


Elle a compris, elle se met en garde, lames en mains. Il se tient prêt, conscient que ça ne sera pas aisé. Louha est légère, vive et agile, et a prouvé qu'elle manie le sabre avec suffisamment de talent pour envoyer au tapis des soldats entraînés. De plus, si lui ne voulait pas la tuer, peut-être n'aurait-elle pas autant de scrupules.

Elle bondit brusquement sur lui, abattant ses armes violemment sur le manche qu'il a levé pour la repousser. Leurs regards se croisent.

« Jure sur les Grands Esprits. siffle-t-elle avec hargne. Jure-le ! »siffle t-elle, hargneuse. Puis elle se dégage et le harcèle  de coups, le collant au plus près, virevoltant sans lui laisser le temps de mettre un peu de distance entre eux.

-Je le jure sur le sang des hommes que tu as tués, gronde t-il.

Léger trouble dans les mouvements jusqu'ici fluides de la guerrière. C'est au tour de Nur de frapper. Lorsque Louha pare de justesse, elle est projetée à terre. Elle se réceptionne dans le sable, roule et se redresse, un sabre pointé sur le tigre. L'autre est planté dans le sable entre son adversaire et elle. Déjà le tigre avance, sa lourde lance pointée vers elle, qui n'a d'autre choix que de reculer; il faut qu'elle récupère. Tantôt elle l'assourdissait de feintes, de coups de taille et d'estoc : à présent Nurmahal pouvait la voir telle que les évènements de la nuit l'avaient laissée. Elle avait la respiration sifflante, des appuis vacillants, les bras lourds. Son effort récent l'a éprouvée. Le hors-la-loi pousse son avantage et lance un terrible coup de taille qu'elle esquive d'une roulade agile. Il continue à la pourchasser, à la heurter de sa lance. Elle s'anime soudain et perce sa garde d'un coup qui entame légèrement son avant-bras droit. Il se dégage d'un bond avant qu'elle ne prenne l'avantage et la menace de sa lame : les deux adversaires s'observent mutuellement et commencent à se tourner autour. Nur a beau être blessé, Louha est en mauvaise posture, et ils le savent tout deux. Le prochain assaut décidera peut-être du vainqueur.

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Louha
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MessageSujet: Re: L'appel de la mer [PV Nur]   Mar 18 Mar - 10:09

Quelque chose ne va pas. Elle le sait, le ressent au plus profond de son être : elle va perdre ce combat. Mais pourquoi ? Pourquoi ses mouvements sont-ils aussi lourds et lents ? Pourquoi ses chevilles faiblissent-elles ? Pourquoi a-t-elle l'impression que son énergie la fuit ? Pourquoi ?!
Louha l'ignore mais son subconscient mène une lutte silencieuse contre la part animale qui s'est éveillée en elle. Il la traque, l'accule, l'étouffe dans un recoin sombre de son esprit. Et ce combat intérieur accapare une grande partie de ses facultés de concentration et l'épuise. La jeune femme n'a pas encore conscience qu'il n'est pas un démon mais un puissant allié. Si elle se laissait faire, elle comprendrait le potentiel de cet instinct lupin qui ne pourrait que sublimer son art.
Cependant il la terrifie de par la bestialité qu'il recèle. Durant toute son enfance son père lui a appris à craindre cet héritage de sa mère, à le repousser et l'a bridée afin qu'elle devienne la parfaite petite sang-mêlée. Alors elle le redoute, elle tremble de peur et tente tant bien que mal de se raccrocher à cette part elfique qui est pour elle le seul point d'ancrage. Mais à mesure que son côté ''humanisé'' prend le dessus, ses forces la quittent jusqu'au moment fatidique où son adversaire parvient à la délester de l'un de ses sabres.
Louha sait maintenant qu'elle n'a pas le choix, il lui faut faire appel à sa magie pour gagner leur liberté. Brisant soudain leur ronde, elle se jette sur son sabre planté entre eux deux et prend appui sur son manche pour décocher un coup de pied amplifié par son pouvoir. Bien qu'il soit paré, le tigre recule d'une cinquantaine de centimètres sous l'effet de la bourrasque qui vient de le frapper de plein fouet. La bretteuse en a déjà profité pour retirer la lame du sable et pour l'attaquer au corps à corps, ajoutant à chacun de ses coups une charge de vent qui fait vibrer le manche ou la lame adverse.
Pourtant, même cela ne suffit plus contre lui. Ses bourrasques devraient l'envoyer voler, or elles sont beaucoup trop faibles pour ça. La fatigue lui tombe dessus comme un coup de massue, ses pensées s'embrouillent sous la montée de terreur qui s'emparent d'elle : il faut qu'elle gagne pour retrouver leur liberté. Vaincre ou mourir en essayant, il n'y a pas de demi-mesure ! Elle est tellement perturbée qu'elle ne parvient pas à desceller à temps la feinte vicieuse que lui a tendu l'hybride. Elle s'engage sans réfléchir dans sa garde apparemment ouverte lorsqu'il se décale d'un pas. Un simple pas qui le fait passer sur le côté, lui laissant accès à tout son dos.
Le coup tombe et c'est le noir complet.

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Nurmahal
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MessageSujet: Re: L'appel de la mer [PV Nur]   Mar 18 Mar - 21:46

Cela s'était joué à un cheveu. Dès qu'elle avait constaté l'échec de ses attaques magiques, il y avait eu une rupture dans son rythme, une fêlure au cœur de ses mouvements. Elle était devenue aisée à lire. Lorsqu'elle se fendit, le tigre s'avança, frôlant sa lame, et lui asséna un coup à l'arrière du crâne qui eut l'effet escompté. La bretteuse s'effondra, assommée. L'hybride avait réussi son coup. Il resta là un moment, reprenant son souffle. Ce duel avait été riche en surprises. Qui eût cru qu'en plus de manier le sabre elle connaisse le moyen d'en appeler aux bourrasques ? Il avait bien failli perdre son équilibre sur le coup.

Le loup gronde. Il meurt visiblement d'envie de sauter sur l'hybride pour l'égorger. Peut-être est-ce le marché que sa maîtresse a passé avec les forbans qui le retient.
Ou peut-être est-ce la façon dont la lame nue siffle sous les embruns.

Délicatement, Nur charge Louha sur la barque et invite le loup à y grimper également. Inutile de préciser que le trajet de retour fut mouvementé entre les pirates nerveux, Nur plongé dans ses pensées et le loup montrant les dents dés qu'une rame frappait la surface de l'eau.

-Qu'est-ce que c'est que ce foutoir ? leur lança Do alors qu'ils se hissaient à bord.

-Y a eu des imprévus. Mais j'ai tout de même l'argent, annonça l'hybride en lui lançant la lourde bourse. Et en plus de ça, j'ai une nouvelle recrue pour ton rafiot.

-Une recrue ? De quoi, ça ? Tu veux rire ? Et qu'est-ce que c'est que ce fauve !

-Son "frère". Et "ça" a tué son comptant de garde cette nuit. "ça" a même failli me couper le bras, fit Nur en exhibant sa blessure.

-J'en veux pas ! Fous-moi ça à la mer !

-Je m'occuperai d'eux.

Après quelques jurons de rigueur, Do céda. Tout en précisant que si la demoiselle y mettait de la mauvaise volonté, elle finirait par aller nourrir les requins. Nur appuya Louha contre la rambarde et s'accroupit non loin, laissant le loup se coucher aux pieds de sa maîtresse.

Le tigre était troublé. Après les évènements de la soirée, il ne savait plus trop où il en était. La rencontre avec Louha avait éveillé en lui un profond désir de partir de ce bateau. Il commençait à s'y sentir...chez lui. Cela n'augurait rien de bon. Il ne pouvait pas se permettre de prendre racine, de tisser des liens avec ses camarades. Pas encore.

À côté de lui, la sang-mêlé semble presque endormie. Ses lames sont à ses pieds, tout comme l'animal. Nur ne craint pas de rébellion. Il a l'intuition qu'elle tiendra sa parole. Qu'elle, en est capable. Il se met à somnoler, tandis que Do, à la barre, silencieux, éloigne le navire des côtes. Le bruit familier des vagues le berce. Sa décision est prise. Bientôt, il quitterait le navire. Il demanderait à Do de lui arranger des contacts chez les Vautours. Il était temps qu'enfin, il se fasse un nom.

_________________

Des peuples jadis suspendirent au-dessus d'eux une table du bien.
Telle est l’œuvre des fervents, elle se nomme aussi "bien et mal".

Il importe de briser toutes les Tables !

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L'appel de la mer [PV Nur]

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