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 Le Hasard assassin

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Humain
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MessageSujet: Le Hasard assassin   Mer 26 Mar - 0:27


Le Hasard est une chose absurde lorsqu'on croit au Destin. Terasmir est un dieu qu'on ne conteste pas lorsqu'on est de la Royauté : le Grand Chemin dicte les pas de chacun tout comme l'ordre des choses, et lorsqu'il est dans l'ordre des choses que son propre pas mène au dessus de chacun on est bien peu prompt à vouloir inverser la hiérarchie divine.

Exodie ne croyait pas au hasard. La calèche qui l'avait amenée auprès de la rue commerçante avait été choisie sans marque royale, afin de ne point trop attirer l'attention. Il était déjà tard dans la journée, et le soleil, rougeoyant au dessus de la ligne blanche et ocre des maisons, était bas, à demi enfoncé déjà dans sa mort quotidienne. Le crépuscule ensanglanté et bordé d'un linceul de nuages était très beau, poétique auraient dit certains, langoureux ; et l'air était singulièrement doux pour la saison et parfumé pour l'endroit. On avait du y vendre des fleurs plutôt que du poisson ce jour-là. Si la Garce Royale ne s'était pas départie de ses belles toilettes mais avait abandonné sciemment ses marques familiales, ce n'était pas pour frayer avec la basse populace – quelle idée – mais parce qu'il lui fallait rencontrer une herboriste nouvelle, qui arrivait de contrée éloignée, et dont on lui avait vanté maintes fois déjà les onguents et les miracles, tout comme incriminé les recettes et les ingrédients. On lui prêtait déjà mille défauts, la sorcellerie la plus noire ; la sœur du Roi avait été piquée de curiosité et d'un brin d'intérêt. Peu séduite pour autant, et pas impressionnée : elle voulait voir pour juger et se méfiait des racontars, et pour éviter d'entacher par trop sa réputation, elle s'était déplacée dans un relatif anonymat – une capeline blanche sur ses traits, délicate, une robe plus simple que ses toilettes coutumières, bleutée, et à peine un bijou pour nouer son foulard, ce qu'elle ne faisait jamais elle lorsqu'elle se présentait comme la sœur du Roi. A ses yeux ça suffirait. Les petites gens frayaient assez peu dans la cour pour ne pas connaître tout à fait les visages, et des belles femmes nobles il n'y en avait pas qu'une.

La rue était ce qu'elle était, surchargée et pleine. Impossible d'avancer en carriole, il avait fallu la traverser le pied au sol, les épaules parfois frôlées par la plèbe et les esclaves, ce malgré ses gardes – forcément au nombre réduit et sans trop d’apparat également pour ne pas piquer la curiosité par une prudence qui, ajoutée à l'anonymat, confinerait au bizarre. Enfin elle avait marché puisqu'il le fallait, et si elle avait trouvé rapidement la boutique, elle y était restée longtemps. En sortant il faisait nuit, le ciel s'était alourdi, drapé de nuit et de gros nuages plus noirs encore que la voûte céleste, et il ne brillait qu'une vague lueur de lune et les quelques lanternes ça et là. C'était bien plus vide, et mort, et triste comme quartier. Restaient les odeurs de fruits et de fleurs, une fragrance indéfinissable de sucre, de moisissure, de peaux suantes et de rires de la journée, quelque chose de joyeux et d'étrange maintenant qu'il était effacé. Après quelques pas flanquée de ses trois gardes – deux humains, et son Hybride attitré, grimé lui aussi pour le coup – un tonnerre s'entendit au loin, grondant, et un vent se leva. L'un des homme fit, « il ne manquerait plus qu'il se mette à pleuvoir, » et à peine Exodie lui avait-elle enjoint d'un regard de rester mutique qu'une goutte tomba sur son petit nez gracile. Elle soupira, drapa son voile blanc autour de son visage, et d'un mouvement ample du bras, clama à ses gens d'aller en avant chercher la calèche, qu'elle ne bougerait pas, et alla s'abriter du rebord d'un chambranle de porte très creusé, enfoncé dans une petite ruelle transversale.

Ses gens partirent, tous, elle chassa même son Hybride, qui resta méfiant, et quelque chose lui dit – sa magie sans doute, bien qu'elle ne s'y attarda pas – qu'il n'allait pas rejoindre l'attelage, mais plutôt roder dans les environs pour quelque raison. Tant qu'elle était seule, ça lui irait ; si la vieille femme avait quelques produits prometteurs, elle avait l'impression d'empester encore quelque graisse animale et d'avoir du marcher épaule à épaule avait entamé son humeur, la pluie était le point de trop pour son caractère peu affable. Chantaient sur les tuiles les premières gouttelettes légères, et l'orage ne forcissait pas. Peut-être qu'il ne passerait pas en ville, mais resterait en campagne. Pour l'instant c'était une bruine qui faisait luire les pavés et murmurer les parois.

Sans cette luisance elle n'aurait jamais vu la silhouette qui s'avançait. Son pas était léger, et c'était un hasard si elle avait tourné la tête à ce moment là. La rue n'était plus vide, il y avait quelqu'un, et ce quelqu'un avançait vers elle. Ses yeux luisaient comme les pierres à l'occasion d'un reflet, et alors qu'elle cherchait d'instinct à frôler son tempérament, le peu qu'elle goutta la gifla mieux qu'une main : cet être respirait la violence. Vivait la violence. Était la violence. Dans son univers de marbre et de soie, c'était un phénomène rare. Elle sourit en coin. Si elle criait déjà on viendra à sa rescousse, mais une lame dans un poing à quelques mètres serait plus vive que des soldats une rue plus loin. Elle lui fit face alors, sans se décontenancer, des années de cours lui ayant enseigné à réagir à tout de la même façon policée, et elle glissa d'une voix douce.
    « Oh. Vous venez me tuer. »

Comme si c'était là quelque chose de charmant et de délicat, un genre de petit spectacle, une farce mignonne de garçon. Ce faisait elle cherchait à caresser son esprit. Inspirer le doute au milieu de cette violence, glisser une idée de jeu dans ce qu'il y avait de féroce. C'était comme embrasser une épée pour la rendre plus tendre... Mais c'était, quelque part, ce qu'elle voyait comme sa seule chance. Et puis, le hasard n'existait pas, et elle était trop sûre d'elle et de sa voie pour mourir maintenant. Alors elle sourit davantage, au destin comme à la mort, et se fendit d'une petite révérence.
    « Bonsoir, déjà. »

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Sang-mêlé
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MessageSujet: Re: Le Hasard assassin   Mer 26 Mar - 21:40

Eldoria, capitale du royaume des hommes... Il m'était arrivé par le passé de venir en compagnie de ma mère dans la cité royale, mais cela remontait à mes plus jeunes années et depuis que je portais ce maudit Sceau des Traîtres, je n'y avais plus jamais remis les pieds. J'avais gardé le souvenir d'une cité vivante, grouillante d'activité de ses plus grandes artères aux plus petites ruelles. En y revenant tant d'années après, j'aurais pensé y voir certains changements, mais ce n'était pas le cas. La ville était restée inchangée. Je n'étais cependant pas revenu pour m'extasier sur des souvenirs nostalgiques de mon ancienne vie. Non, si j'avais choisi de m'y rendre c'était pour ses nobles. En tant que capitale du royaume, elle suintait la noblesse à chaque coin de rue. Il était temps pour moi, de faire jouer mes coutelas et de marquer son sol avec le sang de nobles. En trouver un ne serait pas difficile... Le challenge venait plutôt avec l'idée de l'assassiner en toute discrétion. La cité royale était gardé de jour comme de nuit et les nobles traînaient rarement sans leur propre garde. Il me fallait choisir soigneusement ma proie et pour cela, j'étais prêt à passer la journée à arpenter les rues d'Eldoria.

Ce n'est qu'au crépuscule que je finis par remarqué une calèche que la circulation piétonne avait entièrement bloquée. Restant à distance sous le couvert de mon chaperon rouge, j'observais la femme qui en descendit. Une noble à n'en pas douté. Et accompagnée de seulement trois gardes, dont un hybride. Un rictus mauvais se profila sur mes lèvres. Je venais de débusquer une proie. La filature qui s'ensuivit ne fut pas des plus complexes. La foule était si dense, que jamais ses gardes ne se seraient douter que quelqu'un les suivaient discrètement, à moins d'accuser la moitié de la cité de les filer. Je les vis donc entrer tout les quatre dans une boutique que je dépassai pour pouvoir y jeter un œil. Une herboristerie. Je réfléchis un temps à la meilleure manière d'agir et décida de me poster dans une ruelle désaxée par rapport à la boutique mais qui me permettait de garder un œil vigilant dessus.

Une bonne heure passa et avec elle la nuit arriva. Je vis peu à peu la rue se vider de toute son activité au point où j'étais sûrement la dernière personne qui s'y trouvait encore. À l'inverse, le ciel nocturne, lui, s'emplit d'épais nuages noirs, menaçant de déverser sur nous une douche glacée. Je n'y prêtai cependant que peu d'attention, car c'est à peu près à ce moment que ma proie sortie de la boutique de l'herboriste. Dès lors, je me tapis dans les ombres de la ruelle pour ne pas être repérer. Une voix me parvint l'espace d'un instant et avec elle les premières gouttes de pluie. Je n'avait pas pu comprendre son propos, mais la voix qui s'éleva quelques secondes plus tard, indéniablement féminine, me paraissait intimer un ordre.

L'avenir me donna raison, car lorsque je jetai un œil pour voir comment avait évoluer la situation, les soldats s'éloignait de ma proie, l'abandonnant seule sur le pas d'une porte dans une petite ruelle transversale. Le sourire qui s'étalait sur mon visage allait en s'élargissant. Voilà qui me facilitait incroyablement la tâche. Saisissant aussitôt cette occasion en or, je partis donc à la rencontre de la noble dame. Je m'approchais d'elle d'un pas mesuré ni trop lent, ni trop rapide et d'une main, je dégainai l'un de mes deux coutelas et le laissai pendre dans le long de mon bras.

Toute mon attention était désormais tourné vers la noble silhouette drapée qui se trouvait plusieurs mètre devant moi. Je n'avais même plus conscience des gouttes d'eau qui s'écrasaient sur mon chaperon. La distance se réduisit encore un peu quand elle s'aperçut de ma présence. Contrairement à ce que j'aurais pensé, la femme ne poussa aucun cri. Pire encore, elle se contenta de me faire face un étrange sourire sur les lèvres.

Oh. Vous venez me tuer.

À ma soif de sang vint s'ajouter ma colère. Il n'y avait qu'un noble pour se croire ainsi intouchable dans pareille situation. Pourtant, sans vraiment en connaître la raison, ma colère disparu presque aussi vite qu'elle était apparu, remplacé par quelque chose d'indéfinissable. Son sourire s'élargit et, à mon grand désarroi, elle me fit la révérence tout en me souhaitant le bonsoir. Voilà qui était réellement inhabituel. Pour le coup, j'en étais tant intrigué que je n'éprouvais plus vraiment l'envie de la tuer. Décidant de me prêter à son petit jeu, je rengaina mon arme. Rejetant mon capuchon en arrière et dévoilant mon visage à la femme devant moi, je m'inclina comme il m'arrivait de faire par le passé, sans pour autant garder mes yeux rivés sur elle au cas où l'idée de me faire un coup en traître lui passerait par la tête.

Bien le bonsoir, ma Dame.

Tandis que je me redressais, je dévisageais la femme devant moi. Son visage ne m'était pas inconnue. J’avançais encore vers elle, m'arrêtant à un ou deux mètres du porche pour mieux discerner son visage drapée. Plantant mon regard disparate dans le sien, je tentais de retrouver dans les méandres de ma mémoire le nom à associer à ce visage.

C'est étrange... J'ai l'impression de vous avoir déjà vue. Ça ne serais pas impossible, vous savez? Il fut un temps où moi-même je faisais partie de la noblesse bien qu'aujourd'hui l'on me fait passé pour mort depuis six ans...

Je restai un instant silencieux. Je n'arrivais pas à mettre le doigt sur ce qui m'échappait. Conscient que cela me mènerait nulle part, je chassais cette pensée de ma tête.

Bah... ça n'a pas trop d'importance... Je compte vous tuer de toute façon. Néanmoins, votre réaction m'a pour le moins surpris... Ne craignez-vous donc pas pour votre vie? Il me serait tellement aisément de vous trancher la gorge et repartir avant que vos gardes ne rappliquent pourtant.

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Humain
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MessageSujet: Re: Le Hasard assassin   Ven 28 Mar - 1:30

Il l'avait regardée dans les yeux, et pour cette seule et légère faute il pouvait être lourdement châtié. Il ignorait, évidemment, qu'elle appartenait à cette famille devant laquelle on devait guigner ses pieds avec déférence, mais Exodie comprit dès l'instant où son voile à lui tomba qu'il ne frémirait pas à la révélation s'il parvenait à la reconnaître. Le visage de cet homme... Ce regard. Ces yeux ! Rouge sang, or fendu, ils trahissaient une nature bifide que les émois de l'homme face à elle ne déniaient pas. Elle les avait accrochés de sa délicate magie, certes, mais ils frémissaient devant elle comme un félin sous une caresse. Jamais il ne fallait se fier aux chats ou à leurs semblables, et celui-là semblait partager avec eux, outre un œil, leur côté indomptable. Il lui paraissait prompt à l'impulsion, à la dérive, à l'envie, et ce n'était pas le couteau qui avait luit qui allait l'en détromper. Il lui faudrait être subtile pour ne pas lui laisser sentir sa toute petite emprise et le faire se braquer : personne n'aime les laisses, encore moins ceux qui ont le front marqué d'un T. Traître. Abomination. Sang-Mêlé. Il avait rengainé sa lame et découvert l'infamie de cette marque immonde barrant son visage qui aurait été, autrement, aussi bizarre que beau. Il pouvait la regarder dans les yeux, oui : il était dehors. Il risquait déjà sa vie à seulement être né.

Il n'avait rien à perdre et comptait toujours la tuer. Pourquoi, sinon, se défaire de ce qui abritait cette insanité ? Il était proche maintenant, et elle n'avait pas bougé, ni quand il s'était incliné, ni quand il avait avancé encore. Ils n'en étaient pas à se toucher mais une fente vive, retrouvant la lame abritée, permettrait de la sortir du fourreau de cuir pour la plonger dans un autre de peau noble et tiède. Il le savait à l'évidence, elle ne l'ignorait pas davantage. Et pourtant elle ne frémissait pas. Oh ! Elle la sentait déjà, cette lame dans son ventre, sa gorge pouvait déjà appréhender ce dernier baiser froid qui la ferait sourire d'une ultime et sale façon, d'un rictus béant et pourpre, mais elle n'en montrait rien. Elle savourait, presque. Le danger était partout, toujours, tout le temps dans une cour ; chaque verre pouvait être un poison, chaque sourire un adieu, mais tout était lent, velouté et bien habillé. Ici, dans cette rue, c'était brutal, sans raison, sans avertissement. Et il était assez éduqué pour ne pas rendre la sauvagerie vulgaire – non, vraiment. Elle y trouvait une sorte de plaisir bizarre qui la fit se mordre très légèrement la lèvre dans une mimique joueuse ou suave, difficile à départager.
    « Je me souviendrais d'un regard comme le vôtre, à moins qu'il n'était dissimulé, murmura la femme encore, elle, cachée. Mais il est vrai, on croise tant et tant de visages, et il y en a qui disparaissent si soudainement. Combien de taches avez-vous fait sur ses pavés ? Je serais curieuse de le savoir avant que vous ne me tuiez. »

D'un geste lent et appliqué, elle repoussa sa capeline, frôlant de ses doigts ses épaules pour la faire lentement glisser, révélant à la faible lueur de la ruelle – lune pudique sous son abri de nuages, lampions brouillés par la bruine, myriade de reflets – d'abord ses lèvres purpurines, son nez droit et élégant, puis enfin ses yeux glacés et puissants, presque effrontés dans leur assurance face à qui avait là le pouvoir de disposer de sa vie dans l'instant, par la prime loi entre toutes : celle du plus fort. Physiquement. Alors qu'elle étendit la toile de sa magie pour à nouveau cajoler l'humeur de son assassin, poursuivre sur le jeu – certainement pas lui insuffler de la pitié, oh, surtout pas, non, mais de la curiosité, de l'intérêt, et pourquoi pas une pointe de désir – elle poursuivit, rabaissant sans heurt aucun ses bras le long de son corps gracile. Silhouette facile à prendre et à briser. Facile, si facile...
    « Vous avez la marque et vous me la montrez. Vous avez une lame et l'avez montrée également... Je sais que vous allez me tuer. Je sais que mes gens sont trop loin. Pourquoi devrais-je craindre ? La peur est bonne lorsqu'on est incertain. Là... Un sourire. Un petit rire léger. Il me reste la désinvolture. C'est tout de même plus élégant. »

Elle ouvrit légèrement la main vers lui, la tendant à peine, paume vers les pavés, doigts tout juste écartés, comme si elle la lui proposait à baiser, et laissa filer une petite seconde ou deux. Elle ajouta alors d'un ton très délicat, mais si bas qu'il fallait presque se pencher pour l'entendre clairement au milieu des murmures de pluie et des rumeurs vagues de la ville endormie.
    « Mais venez donc vous abriter sous ce coin de venelle... Je ne voudrais pas que mon meurtrier ne retienne de moi qu'une vilaine grippe. »

Pourquoi avoir peur ? Elle n'était qu'une femme, et une véritable femme noble : cette main qu'elle présentait était trop délicate pour avoir jamais été entraînée aux armes, sa robe élégante n'était point déformée par quelque fourreau, et il n'y avait rien en elle qui pouvait trahir, depuis l'allure jusqu'à la posture, qu'elle pouvait se défendre. Mais si la peur changeait de camp, ça l'amuserait. Et puisqu'on souriait, égorgée, de toute façon, autant avoir déjà toute la candeur de l'expression. Une femme comme elle se devait d'être un beau cadavre, tout de même. Son royal frère en serait chagrin, sinon.

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Sang-mêlé
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MessageSujet: Re: Le Hasard assassin   Sam 29 Mar - 0:43

Je souris quand elle parla de mes yeux. Dissimulé? Oui, ils l'étaient sûrement. Peu de nobles avaient eu la possibilité de me voir sans mon cache-œil, à l'époque où je vivais encore une vie normale. Bien sûr, depuis que je m'étais mit à tuer, le compte avait augmenté en flèche. Mais ces nobles ne pouvaient pas vraiment se vanter d'avoir vue mes yeux, là où ils étaient à présent.

Combien de taches avez-vous fait sur ses pavés? Je serais curieuse de le savoir avant que vous ne me tuiez.

Excellente question que voilà. Si vous parlez des pavés de cette cité, ils sont encore vierge de toute tâche. Vous êtes mon baptême de sang dans cette ville, si j'ose dire. Si vous voulez simplement savoir tout le sang que j'ai déjà versé, c'est une autre histoire. Cela fait six ans que j'arpente les villes en tuant des nobles... J'en ai déjà tué assez pour que l'on me surnomme le tueur de noble. Toutefois, cela ne prend pas en compte les autres personnes que j'ai assassinées et qui ne faisaient pas partie de la noblesse. J'espère que vous êtes contente de mon parcours... vous voyez que je n'en suis pas à mon coup d'essai.

Tandis que je lui parlais, elle dévoila son visage. Je fus aussitôt saisi par la force de son regard. Des yeux de glaces comme j'en avais rarement vue et qui étrangement, me rappelait ceux de ma mère. On y voyait nul peur de la mort juste une pointe d'insolence qui semblait me défier. Décidément, j'étais de plus en plus intrigué par cette femme. Quand elle reprit la parole, elle ne fit qu'exprimer avec des mots mon ressenti. Celui qu'elle ne craignait nullement sa propre mort.

Il me reste la désinvolture. C'est tout de même plus élégant.

Mourir avec élégance... C'était donc le seule soucis qu'elle avait en tête à cet instant? Il fallait avoir une très haute estime de soi pour ne redouter qu'un manque d'élégance en mourant. Pourtant, même si je ressentais de l'orgueil dans son propos, je savais que ce n'était pas réellement lui qui semblait motiver son propos. La pluie choisit cet instant pour se mettre à forcir, s'écrasant désormais à grosses gouttes sur mon tête. J'aurais pu y mettre un terme en rabattant mon capuchon mais je n'y arrivait pas. Mes bras restaient désespérément inerte le long de mon corps, paralysé par l'incompréhension. Quelque chose clochais, j'en avais la certitude. La confusion qui régnait dans mon esprit était tel que je ne faillis pas discerner le léger geste de la main que me fit la femme. Une invitation à m'approcher.

Mais venez donc vous abriter sous ce coin de venelle... Je ne voudrais pas que mon meurtrier ne retienne de moi qu'une vilaine grippe.

Encore une réaction incongrue. Et de nouveau, ce sentiment de total incompréhension qui m’assaillait. Je restai là sans bouger sous la pluie battante un long moment. L'eau ruisselait à présent sur mon visage, sans pour autant me faire réagir. Après un temps qui me parut durer une éternité, mes jambes finirent par se mettre à bouger. Un à un mes pas me rapprochaient d'avantage de cette étrange femme. Je ne m'arrêtai que lorsque je me  retrouvai à l'abri de la pluie. La distance qui nous séparait l'un de l'autre était infime. Plongeant mon regard torturé dans celui de glace qui me fixait sans peur, je tentai d'y déceler quoique ce soit qui puisse me faire comprendre ses réels pensées. Cela dura un moment, puis lentement mes lèvres se descellèrent.

Pourquoi...

Ce fut le seul mot qui sortit de ma bouche. Mes pensées étaient trop confuses pour que je puisse formuler quoi que ce soit d'intelligible. Baissant la tête un instant, je fis le vide dans mon esprit, chassant toutes les pensées qui l'encombraient et allant même jusqu'à étouffer mon envie de tuer. Je soupirai un instant, goûtant au calme qui régnait à présent dans ma tête et reposai mes yeux sur la femme à mes côtés. Alors je répétai ma question.

Pourquoi faites-vous cela? Et ne faites pas l'ignorante, vous savez de quoi je parles. Depuis tout à l'heure, je ne m'explique pas votre façon d'agir. Vous me dites qu'il ne servirais à rien d'appeler à l'aide; que puisque je vais vous tuer, la peur est inutile. Soit. Mais dans ce cas là, pourquoi ne pas me demander d'en finir au plus vite? Votre discussion fait tout le contraire, vous gagner du temps. Alors à nouveau la question se pose. Pourquoi? Pour laisser à vos gardes la possibilité de revenir et vous sauvez? Non, ce n'est pas ça. Vous savez que vous seriez morte avant qu'ils n'ai le temps de tenter quoi que ce soit. Alors pourquoi?

Mes mots s'éteignirent dans un chuchotement...

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MessageSujet: Re: Le Hasard assassin   Sam 29 Mar - 18:15

Six ans... Le tueur de nobles. Ah ! C'était lui – il existait. L'histoire de ce criminel était revenue, de temps à autres, aux oreilles d'Exodie au cours de dîner donnés par quelques poules de haute-cour - de ceux pendant lesquels on s'ennuyait tant qu'on finissait par se conter les massacres les plus sanglants pour tromper l'ennui. C'était plus fréquent que ces messieurs ne le croyaient, et plus rieur qu'ils ne le penseraient s'ils en avaient vent, mais enfin c'était des enfantillages de femmes impressionnables. De fait, elle n'y prêtait guère foi : un seul homme pour tant de meurtres, c'était tout de même bien commode, et si elle voulait bien admettre l'idée que quelque champion de la pointe en fer puisse s'aligner quelques têtes bien nées, qu'il en réchappe aussi longtemps... Non, à l'évidence quelques mains habiles avaient alourdi son palmarès de morts commodes à leur endroit en s'acquittant eux-mêmes du labeur sanglant, et les ragots de vieilles aigries qui veulent dresser leurs enfants avaient suffi à peindre une fantaisie en légende.

Mais voilà, il était ici, dans la cité royale, et devant elle – rien que ça. Oh ! Elle ne doutait toujours pas que nombre des assassinats qu'on lui prêtaient n'étaient pas de lui mais d'héritiers pressés ou de femmes jalouses... Mais le baiser déjà brûlant de la lame froide ne s'en appuyait que davantage sur sa gorge. Elle déglutit, seule marque extérieure de cette angoisse latente qu'elle savait enfermer, et sourit encore davantage à entendre qu'elle était son premier choix. Pauvre garçon... Pouvait-il plus mal tomber. Il n'avait pas encore frappé ici, elle était celle qu'il avait choisi pour entamer sa rouge danse entre les murs royaux, à moins de l'avoir visée précisément. Mais alors, quelle traque il aurait menée... Et sans savoir exactement à qui s'attendre ? Dans les deux cas, ça la flattait, curieusement. La première fois était plus marquante, et s'il n'en était pas à son coup d'essai, au moins pouvait-elle se dire que dans la mémoire de son meurtrier, toute la ville aurait son visage supplicié après sa fin. On fait vengeance moins étrange, on fait aussi moins durable.

Le temps grossissait, le vent forcissait, et les émois de son meurtrier battaient son âme de la même façon que les trombes la ruelle. Ça avait l'air d'être, là encore, une première fois pour lui : quoi, est-ce que tous ils suppliaient ? Fallait-il donc que le légendaire cynisme des nobles ne soit pas davantage qu'un petit mythe ? N'y avait jamais-t-il eu un drogué provocateur, une femme suicidaire, un baron trop sûr de lui ? Ah, les hommes... Un guerrier lui avait glissé un jour qu'ils étaient tous les mêmes avant de mourir. C'était peut-être vrai, et Exodie avait confiance en son jugement, mais il n'avait jamais du lutter contre beaucoup de femmes alors.

L'assassin bougea encore, acceptant finalement sa proposition pour s'abriter avec elle sous le repli de mur. C'était étroit, assez bas et enfoncé, et de cette posture on pouvait les manquer en ne balayant que d'une œillade rapide la ruelle. « Pourquoi, » avait-il demandé. Pourquoi. Pourquoi, pourquoi ! Mais enfin, c'était évident ! Pour la même raison qui faisait qu'elle ne criait pas, pour la même raison qu'elle dissimulait sa frayeur derrière ses manières, pour la même raison qui fait que certaines ont le sang assez épais pour accoucher de reines et de rois, et d'autres pour seulement le regarder couler en sanglotant des larmes tout aussi claires et tout juste salées... Pourquoi ! Parce que le perturber était sa seule arme. Sa seule chance. Et qu'un combat n'est jamais perdu tant qu'on est vivant. Elle regardait, souriante encore, une grosse goutte de pluie rouler sur son front à lui, le long de cette mauvaise marque, tracer sur le coin du nez, rebondir sous l'oeil, imiter une larme, s'écraser au sol. Elle eut un rire léger, et à la fin de sa tirade elle sut exactement quoi répondre. Et que faire de lui par ailleurs.
    « C'est ce qu'ils vous demandent, non ? »

Ses yeux à elle revinrent dans les siens à lui, dépareillés, étranges, comme si ses deux natures n'avaient pas voulu se mélanger. Son expression se para d'un rien d'ironie, et elle poussa l'audace jusqu'à frôler la main qui allait probablement finir par la percer avant l'aube.
    « Ce que celle-la menace et tranche. Pourquoi eux, pourquoi vous, qu'ont-ils fait... Mais je connais la réponse. »

Elle prit, sans heurt aucun comme on le ferait face à un animal sauvage, cette main d'assassin entre les deux siennes, lui faisant tourner la paume tout délicatement vers le ciel voilé, torturé, dont les pleurs frénétiques battaient les pavés juste au devant d'eux, formant un rideau de lumière, d'ombre et de fracas aqueux. Sa peau était extraordinairement douce, soignée comme elle était, et souvent ses caresses en donnaient de petits frissons.
    « Parce que c'est ce que vous attendez d'eux. C'est normal, c'est... Logique. C'est leur rôle avant de mourir, et ils doivent le tenir, tout comme ils ont tenu celui de diriger et d'ourdir... Et vous, un Marqué échappé, vous tenez le rôle qui vous échoit dans ce sens. Vous vous vengez. Je ne suis pas exactement quelqu'un pour vous, je suis mon rôle. Et c'est tout naturel. »

Elle replie légèrement les doigts, après lui avoir frôlé les lignes tracées par la vie dans la paume, sans reculer pour autant, ni rabaisser les mains.
    « Pourquoi m'interrogerais-je ? Pourquoi vous en voudrais-je ? Ainsi est le Grand Chemin... Un bref petit rire. Ou alors la cour m'a rendue trop cynique. C'est une possibilité. Mais pour répondre à votre question... »

Exodie laissa échapper un bref petit soupir. Il était presque impossible de lire quoique ce fut d'autre que sa délicate amabilité, sa douce aménité de femme bien éduquée sur ses traits... Intérieurement c'était plus trouble, et elle était toujours aussi tendue ; veillant toujours aux émois de l'homme qu'il aurait été sot de croire moins menaçant, elle ne chercha pas à l'influencer directement, de peur qu'il ne soupçonne quelque enchantement : elle se contentait de veiller sur ses sentiments, de les scruter, appréhendant l'impulsion, le caprice d'agressivité qui mettrait fin à ses manœuvres subtiles.
    « … J'ai tenu mon rôle toute ma vie comme il le fallait. Laissez moi au moins le plaisir de me délasser, de voir mon masque choir avant de marcher jusqu'à ma tombe. Parlez-moi encore de vous, de ce que vous faites, de ce que vous êtes, votre nom... »

Son sourire prit une teinte particulière, durant une seconde ; indéchiffrable, pas exactement sombre, mais frémissant d'une émotion profonde.
    « A moins de penser que nous ne sommes qu'un rôle, et que jamais nous ne sortons des ornières. Ce serait... Triste, n'est-ce pas, de n'être tout le temps que ce que nous prévoyions ? »

Allait-il mordre, allait-il comprendre ? Allait-il refuser et en finir avec elle et ses questions ? C'était possible – ah... Si elle prenait une assez grand inspiration, elle pourrait peut-être crier assez fort pour qu'on la retrouve vite, et dans le quart d'heure, le temps que la nouvelle et ses gardes ne gagner le palais, la garde entière serait à sa recherche. Ça ferait une belle exécution. Dans le cas contraire... Oh, dans le cas contraire !... Il y aurait du sang encore, oui, beaucoup – mais plus tard... Autrement. Elle grignotait avec gourmandise ce début d'espoir, intérieurement.

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MessageSujet: Re: Le Hasard assassin   Lun 31 Mar - 0:22

Mes interrogations n'eurent pour effet que de la faire rire. Mais pas un de ses rires moqueurs et méprisants que j'avais si souvent entendu. Celui là était un simple rire sans arrière-pensées. Ses yeux de glaces qui l'espace d'un temps avait délaissés les miens revinrent s'y poser. Les mots qui sortirent de sa bouche ne me parvinrent pas car je n'écoutais pas ce qu'elle disait sur le moment. Une expérience douloureuse au cours de ma vie m'avais appris que les mots n'ont aucune valeur, pas même la plus solennelle et absolue des promesses qui puisse être. Non. La réponse, je tentais toujours de la lire dans ses yeux. Le reflet de l'âme, dit-on. Malheureusement, ils restaient désespérément insondable pour moi.

Le contact de ses mains contre l'une des miennes me força cependant à reprendre mes esprits. Elle venait de la frôler avec douceur certes, mais la méfiance qui était rester en latence jusque là, se déchaînait. Je l'étouffai cependant, désireux de laisser le bénéfice du doute à cette mystérieuse femme sans peur.

Ce que celle-la menace et tranche. Pourquoi eux, pourquoi vous, qu'ont-ils fait... Mais je connais la réponse. Parce que c'est ce que vous attendez d'eux. C'est normal, c'est... Logique. C'est leur rôle avant de mourir, et ils doivent le tenir, tout comme ils ont tenu celui de diriger et d'ourdir... Et vous, un Marqué échappé, vous tenez le rôle qui vous échoit dans ce sens. Vous vous vengez. Je ne suis pas exactement quelqu'un pour vous, je suis mon rôle. Et c'est tout naturel.

Pendant qu'elle parlait, elle se saisit de ma main et, avec douceur, la retourna paume vers le haut. Un instant, ses doigts fins glissèrent le long des lignes qui couraient sur la surface de ma peau. La sensation n'était pas désagréable, mais je ne raffolais pas pour autant de ce chatouillis que je ressentais et fut soulagé quand elle finit par arrêter et me restituer ma main.

Ses paroles se terminèrent sur l'évocation du Grand Chemin. Je me rappelai les longues conversations que j'avais eu par le passé avec ma mère au sujet de la religion. Elle aussi croyait à cet étrange histoire de fatalité? Sa tirade précédente suffit à me convaincre d'une telle éventualité. Néanmoins, je ne soufflai mot, me contentant d'écouter l'alternative qu'elle s'apprêtait à formuler. Elle avança la possibilité que la cour l'ai rendue excessivement cynique, cela m'arracha un petit rire. C'était sûrement vrai. J'avais le souvenir de rassemblements de nobles auxquels j'avais assisté étant plus jeune et l'hypocrisie qui y régnait parfois m'avait tant choqué que moi-même à l'époque en était devenu quelque peu cynique.

J'ai tenu mon rôle toute ma vie comme il le fallait. Laissez moi au moins le plaisir de me délasser, de voir mon masque choir avant de marcher jusqu'à ma tombe. Parlez-moi encore de vous, de ce que vous faites, de ce que vous êtes, votre nom... A moins de penser que nous ne sommes qu'un rôle, et que jamais nous ne sortons des ornières. Ce serait... Triste, n'est-ce pas, de n'être tout le temps que ce que nous prévoyions?

Un mince sourire se forma sur mes lèvres. L'idée était séduisante, oui. Mais ferions-nous le premier pas?

Peut-être bien, oui...

Je poussa un profond soupir, tant par lassitude que par envie de clarifier mes pensées. Finalement, sans vraiment comprendre les raisons qui m'y poussait, je répondis à sa requête. Peut-être était-ce simplement l'envie de pouvoir employé de nouveau ce nom que je n'employais plus que rarement désormais...

Vous vouliez connaître mon nom... J'espère que vous me retournez cette faveur...

Je me tus un instant, cherchant une bonne façon de lui donner mon nom tout en répondant à ces autres questions. Les paroles qui finirent par franchir mes lèvres n'étaient que murmures.

Il fut un temps, où j'en possédais un mais on m'en a défaussé le jour où le Sceau me fut apposé. Aujourd’hui, je ne suis plus que l'ombre macabre de l'homme qui portai ce nom, empruntant la voie de la vengeance comme vous l'avez si bien dit et semant sur son passage une multitude de cadavres. Oui... Voilà ce que je suis. Le fils d'un hybride renard, dont j'ignore absolument tout, et d'une noble humaine... Ma chère mère... Assassinée alors qu'elle cherchait à me protéger d'un noble de la pire espèce.

Mon visage fut déchiré par une profonde tristesse. Me souvenir ainsi d'une des personnes que j'avais le plus aimée et que l'on m'avait arraché aussi violemment provoqua un vive émoi qui fit trembler ma voix. Pourtant, je n'arrêtai pas de parler. Même si ce souvenir était douloureux, il me permettait de revoir le visage ma mère, de me remémorer l'enivrante odeur de lavande du parfum qu'elle portait...

C'était un noble. Le comte Cherzan. Il avait percé à jour ma véritable nature et en voulant s'interposer, ma mère mourut de sa main. Le jour même alors que j'avais été jeté dans les geôles du comté, ce même homme m'annonça que ma famille avait été entièrement dépossédée et il me fit marquer du Sceau des Traîtres. C'est ce jour là que je suis devenu une ombre. Pendant une année entière, j'ai subis des tortures pour le simple fait de posséder un regard aussi déroutant. J'ai bien cru que mes geôliers finiraient par m’arracher mon œil gauche mais, ils ne le firent jamais. Peut-être parce qu'ils auraient perdu leur motif pour me torturer? Quoiqu'il en soit, j'ai réussi en profitant d'une terrible mégarde d'un garde par m'évader en compagnie d'autres prisonniers. Depuis, j'ai vécu en véritable fugitif mais pas seulement. Je me suis mit à assassiner les nobles. Pendant six ans, j'ai tué encore et encore... jusqu'à ce que très récemment je passe un cap dans ma vengeance. Et quel cap!

La tristesse céda presque aussitôt la place à un sentiment de profonde hystérie. Un horrible rictus déformait mes traits, dévoilant aux passages mes crocs inhumains, tandis qu'une lueur de folie meurtrière animait mes yeux.

C'est le comte Cherzan en personne qui se trouvait être ma proie! Vous ne pouvez imaginer avec quelle joie immense je l'ai chassé et assassiné. Le monstre qu'il avait créé lui rendait la monnaie de sa pièce! Du sceau que j'ai tracé sur son front à la décapitation. Et son cœur! Ce fut un véritable délice que de le dévorer! Ma vengeance sur cette personne aura pris sept années en tout et pour tout. Mais je l'aurais obtenu en définitive! Pour autant, je sus que ma vengeance n'était pas réellement achevée. Aussi me mis-je en tête de marquer Eldoria par le sang.

Mon regard s'éteignit, vidé de toute sa fougue. J'avais vécu mon récit, ressenti les mêmes sensations que sur le moment mais, une fois achevé, j'étais redevenu une coquille sans émotion comme une marionnette dont on aurait coupé les fils.

Voici mon histoire... Dans ces grandes lignes. Que pensez-vous donc du récit de la métamorphose en monstre de Wylkaïn d'Erachlion, fils de la baronne Sélène d'Erachlion?

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MessageSujet: Re: Le Hasard assassin   Lun 31 Mar - 5:19

Il s'était méfié, sitôt qu'elle l'avait frôlé. Comme elle l'avait deviné, il avait des émois très vifs, singulièrement puissants, et sa conscience devait être un navire à la fois robuste et incertain pour être ainsi ballotté constamment. Comme ça devait être lassant de ressentir aussi fort... Comme c'était intriguant pour quelque comme elle qui, si elle était toujours sensible et même davantage que la moyenne, s'enfermait tant et si bien qu'elle avait une âme bien droite, des sentiments bien dressés, en laisse. Les grands élans lui étaient parfaitement étrangers. Et cette pique de méfiance qui l'avait traversé, ah ! Aussi forte que passagère, elle aurait dit une flèche lancée par un arc de guerre, mais qui l'avait seulement frôlé. Tant mieux, s'il se méfiait. Elle n'avait que faire des naïfs – elle ne s'en jouait que trop aisément.

Il rit à son tour, et pour incongru que ça puisse être, ce son lui parut aimable. Il fallait avoir un caractère bien particulier pour apprécier le rire de qui venait prendre votre vie, mais il signifiait déjà qu'un lien différent se créait – l'espoir de survivre, par les dieux ! Elle s'y accrochait – tout comme il était pour elle l'idée d'un esprit assez vif pour comprendre et assez robuste pour avoir survécu à la dure réalisation de ce qu'était ce monde. On devenait si vite morne et terne lorsqu'on réalisait combien tout ceci était injuste, et déjà guidé, déjà décidé, déjà joué au final... Oui, il restait le cynisme, la liqueur dont s'enivrent ceux qui n'ont pas le temps d'être artiste et pas le luxe d'être fous. Il soupira enfin, sourit légèrement. Exodie prit une petite inspiration. Il allait se confier, voilà ; elle était parvenue à l'y guider – sans doute parce qu'il le voulait bien. Elle aussi, se dit-elle bizarrement, elle aussi, si elle allait tuer quelqu'un, lui glisserait à l'oreille quelques confessions. Parce que ça soulageait de le faire : quand bien même on ne regrettait pas ce qu'on était devenu, le passé est toujours un spectre vengeur lorsqu'il est révolu.

Ses émois, encore une fois, allaient en croissant, perçaient les cieux, mourraient l'instant d'après, pour ne plus exister du tout quelques secondes ensuite. C'était fascinant, davantage que ce qu'il racontait presque – une histoire triste. Et somme toute, assez banale. Une femme infidèle, un bâtard caché, un meurtre d'intérêt par un homme jaloux... Une exclusion, des tourments. Exodie sentit l'amour filial, cette affection qu'elle avait sentie chez les cancers qui avaient fini par surgir de son ventre, et qui ne l'aimaient plus tant, et une touche de nostalgie chercha à l'étrangler un instant. Elle la chassa comme un insecte pénible, alors qu'il lui semblait que quelque chose, dans la rue, sentait la lavande. Un air passant, une fenêtre ouverte et close juste ensuite, probablement. Il avait aimé sa mère tendrement, il avait aimé tuer passionnément ; c'était souvent ainsi. Même si on désirait être fidèle à ce qui était bon et doux, on se laissait emporter par ce qui déchirait, et il avait épousé sa vengeance... Suivant cette amante terrible des années durant, jusqu'à ce qu'elle accomplisse sa promesse. Et qu'elle le laisse insatisfait. Et à l'image de cette fin, de cette errance, l'océan titanesque de ses sentiments devint calme, atone, inerte.

C'était un cannibale, un assassin, un monstre. C'était un être qui avait adoré tuer, déchirer, faire souffrir, commettre des abominations. Il avait percé des innocents, des gens qui n'avaient rien eu à voir dans son destin, simplement par naissance, exactement comme ses bourreaux l'avaient fait – le torturer à cause de son œil, et lui torturait à cause d'un nom... C'était injuste, c'était ignoble, c'était mal, tout simplement – Mal, le Mal. Ce qu'il fallait chasser, écarter, et se rengorger d'avoir fait, par nature, quelque chose de bon. Et Exodie ressentit de la compassion. Pas de la pitié : de la compassion. Il avait fait son Devoir, lui aussi. Il avait joué son rôle, exactement comme elle avait joué le sien dans le lit conjugal, étouffant ses larmes d'enfant, regardant ensuite son ventre se déformer du souvenir de la présence de cet étranger, et elle avait gonflé, gonflé jusqu'à éclater et donner naissance à quelque chose d'immonde dont on la félicitait... Elle avait fait son Devoir. Ils avaient quelques ressemblances.

Oh ! Elle ne lui dirait pas. Pas comme ça. Ça serait ridicule : quoi, elle, toujours choyée, sans jamais avoir eu à faire un seul effort pour se vêtir, se nourrir, se parer même ? La sœur d'un roi, révérée par tous, dans son joli palais ? Tu parles d'une prison, n'importe qui la lui échangerait contre la sienne... Non, ça serait idiot de le lui dire. Mais outre le devoir, ils avaient quelque chose en commun qu'il ne soupçonnait probablement pas chez elle : le meurtre. La vengeance. Avoir tué, tout simplement, avoir regardé la vie s'enfuir d'un corps honni – certes, elle, c'était au matin, en se penchant sur son balcon, et alors qu'il y avait tant et tant de personnes désemparées autour du corps démantibulé de son époux, éclaboussé d'un jet de sang qui lui formait comme des ailes – allez, vole petit elfe, vole comme tu avais essayé de voler dans ton délire... Il était mort exactement comme elle l'avait souhaité : écrasé. Brisé. Et ça l'avait laissée vide après la jouissance. C'était un plaisir flasque comme un amant dont la peau, après avoir été tendre, devient gluante. Il lui avait demandé ce qu'elle pensait de ce récit, et il n'avait été que sincère, aussi sourit-elle et se décida-t-elle à lui rendre une part infime de ses confessions à lui. Levant la main encore une fois, elle la lui posa sur la joue, dans un geste qui, contrairement aux précédents, était plus appuyé, plus chaud, plus audacieux encore. Et elle susurra.
    « Que vous méritez mieux. »

Tout simplement. Elle s'approcha très légèrement, et ils étaient proches à respirer le même air, à inspirer quelques rumeurs si toutefois on les apercevait ; elle ne retira pas ses doigts, les yeux plongés dans les siens. Ainsi proche, ainsi confié, il lui offrait une voie toute tracée – une voie royale, ah – pour insuffler ce qu'elle voudrait à son esprit. Elle se retenait pour l'instant.
    « Vous êtes vengé d'un homme. Vous vous vengez de la noblesse, tuant ici, là, insufflant un peu de peur dans les grands foyers... Mais, Wylkaïn, fit-elle en penchant la tête de côté, caressant très légèrement sa pommette du pouce, le royaume est grand. Vous le savez. Vous percez des cœurs, ça ne remplit pas le vôtre. Combien en faudra-t-il pour vous apaiser ? Vous le savez, puisque, moi, je le sais déjà. Trop. La réponse est trop. Vous n'en aurez jamais assez. »

C'était une mélodie dangereuse, cette partition qu'elle lui jouait, mais... Mais c'était splendide, et elle entrevoyait tant et tant de choses à travers lui comme au travers du rideau de pluie qui fracassait la ville au devant d'eux...
    « Je ne vois pas un monstre quand je vous regarde. Les monstres n'ont pas d'avenir. Mais vous... Vous pourriez en avoir un. Vous le pourriez, oui... Et quelle vengeance ce serait, n'est-ce pas ? Elle découvrit ses dents à son tour. Les siennes étaient délicates, rondes, parfaitement humaines, au contraire des siennes. Mais ce n'étaient pas les moins acérées pour autant, et certainement pas les moins longues. Vous voulez vous venger de la noblesse ? Vous voulez venger, et venger réellement, venger de façon éclatante votre mère ? »

Elle se hissa sur la pointe des pieds pour murmurer près de son oreille – aussi proches qu'ils étaient, ils pourraient s'embrasser. C'était sans doute troublant. C'était désiré. Son chuchotement était d'un ton très suave, très lent.
    « Faites votre place. Retrouvez votre rang. Tuez encore, tuez ceux qui doivent mourir, expurgez les rangs de la noblesse... Et asseyez-vous sur le domaine de vos ennemis. Je peux le faire. J'en ai le pouvoir si vous vous en donnez les moyens. Je peux vous redonner le nom que vous voudrez, comme une nouvelle naissance... Ça se passe toujours dans le sang, n'est-ce pas ? Vous n'êtes pas un monstre, oh non. Vous êtes... »

Mon futur chef-d’œuvre. Elle s'écarta enfin, sa main glissant à son épaule, les pieds retrouvant tout à fait le pavé, le nez toujours levé vers lui, le cou tendu – presque tentant pour une lame, tant il était blanc, pur, parfait.
    « Exactement celui qu'il fallait à ce royaume. Et j'ai à cœur un bel avenir pour lui. Un sourire plus appuyé, plus ouvertement cynique, également, s'ensuivit. Mon nom, l'avez-vous deviné ? »

Qui pouvait faire une noblesse ? Qui pouvait avoir intérêt à en défaire bien d'autres ? Qui pouvait prétendre choisir, et avoir le pouvoir de cacher, de changer, de prétendre ?... Est-ce qu'elle envisageait seulement de tenir sa promesse finale ? Exodie n'y songeait pas pour l'instant. S'il acceptait, elle ne doutait pas qu'il serait efficace et investi dans son travail. Et il était ignoble, immonde – bâtard – mais il n'était pas Elfe. Et dans les détours que prenaient le Royaume, il lui fallait quelqu'un capable de trancher dans le vif de certains alliances qui se nouaient avant qu'elles ne se gravent dans un autre marbre que celui des tombes. Alors peut-être mériterait-il son nom, au final... Peut-être mériterait-il une belle exécution publique, également. La Garce Royale n'était pas à cette cruauté près. Il comprendrait, elle en était sûre, si ça devait arriver un jour... Après tout, elle comme lui, ils ne faisaient que leur devoir, et ce que le reste du monde attendait d'eux. Le seul malheur du monde était sans doute qu'ils le faisaient trop bien, et avec trop d'amour. Une chose terrible, ça l'amour. Elle l'avait toujours dit.

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MessageSujet: Re: Le Hasard assassin   Lun 31 Mar - 17:05

Sa main vint se poser sur ma joue cette fois. Le geste, bien qu'appuyé, était emprunt d'une extrême douceur et je ne pus m'empêcher de frissonner au contact de cette main à la peau fraîche et sans défauts.

Que vous méritez mieux.

J’écarquillai les yeux avec le sentiment d'avoir mal compris, ses paroles. Ses actes quant à eux, me dépassais désormais. J'étais trop occupé à essayé de comprendre ce qu'elle entendait à travers ces quelques mots et ne remarquai pas vraiment qu'elle avait réduit presque à néant la distance qui nous séparait encore. Dans une telle position, il aurait été difficile d'y voir un meurtrier et sa victime tant il semblait plus évident de croire à un couple d'amant qui se retrouvait pour la nuit. Noyé dans l'océan de givre qu'était ses yeux, j'avais le sentiment qu'elle lisait plus en moi que je ne lisais en elle. Quand enfin elle reprit la parole, ses mots me heurtèrent avec la violence que seule possède la vérité. Elle m'avait cerné sans difficulté. Je n'avais qu'à avouer.

Oui, je m'étais vengé de cet homme abject. En étais-je soulagé pour autant? Non, en effet. J'aurais désiré pouvoir le ramener d'entre les morts et lui faire souffrir mille autres morts plus terrible encore avant de lui laisser profiter du salut du repos éternel. Peut-être est-ce le problème de la vengeance? Est-ce réellement une soif inextinguible qui me dévorera toujours?

Vous le savez, puisque, moi, je le sais déjà. Trop. La réponse est trop. Vous n'en aurez jamais assez.

Non! J'avais nié une telle possibilité de toute mon âme! Comment aurais-je pu l'accepter alors que me venger étais la seule chose qui me restait? Pourtant, elle disait qu'elle ne me voyait pas comme un monstre, qu'elle me voyait avoir un avenir et qu'elle connaissait une manière éclatante d'obtenir vengeance pour ma mère. Elle se hissa vers mon oreille, aplatissant son corps contre le mien, et me murmura sa solution. Alors j'écoutais -m'assurant toutefois qu'il ne s'agissait pas de quelques manœuvres bien pensées pour me prendre une de mes lames- et à mesure que je le faisais mon sourire s’agrandit, répondant à celui de la femme quand elle reprit sa place devant moi et me dévisagea de nouveau.

Mon nom, l'avez-vous deviné?

Mon sourire prit une teinte amusé. Oh oui, je croyais bien le savoir. Des souvenirs éparses avaient finalement refait surface. C'était Exodie d'Eldoria, sœur du Roi et surnommé la reine des garces parmi les gens de la cours. Je me souvins que lorsque j'étais petit, je m'étais questionné au sujet de ce surnom discourtois qu'on lui avait attribué. Les rumeurs dont j'avais eu vent plus tard avait fini par me donner une assez bonne idée de la raison d'un tel quolibet.

Si je ne m'abuse, vous êtes Exodie d'Eldoria. N'est-ce pas?

Maintenant que je connaissais son identité, je la voyais sous un autre jour. Sa beauté était certes supérieure à celle d'une simple noble mais à mes yeux, elle restait une femme comme les autres. J'aurais pu la tuer en quelques secondes, plantant l'une de mes lames dans sa royale personne. Mon regard se posa un moment sur son cou à la blancheur immaculée tendu vers moi. Je ne pus refréner l'envie de le toucher. Alors tandis que ma main se levait, je la métamorphosai, modifiant les griffes qui terminaient mes doigts pour leur donner une allure humaine. Posant mon index sur cette peau poudreuse, je caressai la base de son cou avec une lenteur calculée, y traçant une ligne imaginaire. L'espace d'un instant, le sang me monta à la tête et l'envie de la séparer de la sienne traversa mon esprit mais, je le muselai. À quoi bon, me contenter de la sienne, si elle me promettait d'en avoir bien plus? Je me contentai donc de remonter vers le coin de sa mâchoire, sous son oreille. L'effleurant sur toute sa longueur, je finis par arrêter la course fantasque de mon index sous le menton levé de cette femme de sang royal.

Vous voudriez que je deviennes un pion sur votre vaste échiquier, c'est cela? Je préfères vous l'avouez tout de suite. Je ne vous ferais jamais entièrement confiance. Je suis certes prêt à vous accorder le bénéfice du doute et peut-être qu'avec le temps notre collaboration améliorera notre jugement respectif de l'autre mais, je sais que la méfiance sera toujours de mise. Vous ne pourrez pas oublier le fait que j'ai voulu vous tuer et que je pourrais recommencer et, de la même manière, je serais toujours à l'affût d'un coup en traître de votre part... Alors souvenez-vous de cette main sur votre gorge, ma Dame... Car tant que je serais l'un de vos pions, elle restera dans votre ombre pour vous rappelez de ne pas tenter de damer ce pion.

Je retira délicatement mon doigt puis, après un long moment de réflexion, je repris la parole sur un ton décidé. Fermant les yeux, je me concentrai sur mon pouvoir de métamorphose et le fit opérer sur mon visage. Peu à peu, le Sceau s'estompa jusqu'à disparaître dans son intégralité. Même mes dents devinrent parfaitement humaines. Pour mon œil gauche, j'avais trop de fierté pour le modifier aussi, je me contentai de sortir le cache-œil qui reposait dans une de mes poches et le ceignit autour de ma tête. Une fois cela fait, je reportais mon attention sur Exodie.

J'accepte votre offre. Si j'osais faire un caprice, j'aurais aimé reprendre le titre de ma mère, récupérer le domaine familial qui nous appartenait et si possible conservé mon nom. Mais je doute que votre pouvoir puisse allez jusqu'à ce point... Le pouvez-vous?

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MessageSujet: Re: Le Hasard assassin   Mar 1 Avr - 2:22

De la stupeur. De l'incompréhension. Un remugle de fierté, de déni – l'instant le plus dangereux se nouait à ce moment... Qu'il refuse tout en bloc, et c'était sa fin, il trancherait sa gorge pour achever ses mots, nier leur impact. Des vagues très hautes s'élevaient contre son murmure faible, et la houle hurlait, hurlait d'orgueil et d'habitude... Et l'étoile du cynisme brilla dans les cieux, guidant le bateau de sa conscience. C'était joué. Elle n'avait pas eu besoin d'encore manipuler ses émois pour qu'ils se transforment, et ce qui avait été une mer d'huile après une tempête s'agitait encore, mais en son sens. Sous son vent, celui bercé de ses seules paroles.

Je t'ai eu.

Il prononça son nom et elle redressa plus crânement encore la tête juste après avoir de nouveau touché terre de plein pied et écarté leurs corps, se fendant d'une brève révérence pour chuchoter avec un maniérisme adorable.
    « La reine des garces elle-même. A chacun ses titres auprès du peuple, Tueur de Nobles. »

Leurs yeux ne se quittaient pas, et les siens, bifides, étaient toujours ouverts sur les perles glacées de la sœur du Roi. Il lui laissait encore et toujours observer depuis ces fenêtres tous les éclats de son âme torturée, fascinante à sa façon, et elle vit des tréfonds de ses mers empêtrées des esquifs noyés de ses rêves et des navires fantômes de ses espoirs, remonter un monstre familier. Elle connaissait par cœur cette forme tentaculaire, ce sentiment à la fois naturel et immonde. Il était presque la signature de l'Humanité quand il était aussi grand, et plein de bras, de visages, de formes : l'envie. La main de l'assassin se posa sur sa gorge à elle. L'envie. Il décrit un arc de cercle sur sa peau frémissante, qui en rougit très légèrement. Ah, comme il avait envie. Le sang, l'autre appétit de la chair – plus primal, primaire, que le désir d'un corps : le désir de sa vie. Manger, détruire. Posséder. Ces deux sentiments étaient frères, s'ils n'étaient pas des siamois mal séparés. Elle enroula sa magie autour du museau de ce monstre, sans le faire taire pour autant : elle le flattait pour l'heure, l'empêchait de tout envahir, mais ne voulait surtout pas qu'il replonge dans les abysses, hors d'atteinte d'elle. Il la servirait.

Alors qu'il terminait sa caresse, il parla, et il la fit sourire encore davantage. Elle n'avait toujours pas reculé, et si elle n'avait pas moins de crainte pour sa vie – il touchait son cou, et elle savait fort bien quelle idée il avait en tête ce faisant – elle n'en montrait rien. Elle avait la conviction qu'il l'aimait mieux détachée, différente, plutôt que grelottante : ce n'était pas un être qui appréciait la faiblesse sous quelque forme qu'elle fut. Il devait davantage être de ceux qui aimaient appuyer sur les fêlures en se demandant quand ça finirait par craquer par dessous. Il ne lui ferait jamais confiance ? C'était parfait. Le contraire avait une forte tendance à l'ennuyer, et elle n'avait moins besoin d'être crue que d'être obéie. Il avait accepté, et elle sentait bien que c'était sincère, appliqué – sa magie maintenait pourtant toujours, curieusement, cette envie qu'il avait eue à flots, remuante autour de sa conscience comme prête à la faire basculer. Un jeu dangereux encore une fois, mais... Comme il venait de le dire lui-même à sa façon, ils auraient chacun besoin de garanties. Exodie n'était pas femme à les demander, elle les prenait elle-même.

Elle voulut parler, mais sentit qu'il n'avait pas terminé, et avait encore besoin de réfléchir. Alors elle garda silence et immobilité, au milieu de la pluie, de la ville, toujours aussi proche – trop proche – de cet homme armé. Là, un petit miracle se produisit, et la Marque s'effaça, le visage se changea, légèrement. Cette main sur sa peau avait été plus douce qu'une griffe, peut-être – sans doute – l'avait-il déjà métamorphosée... Ainsi en était-il capable. C'était très bien. C'était parfait : le cacher serait plus simple. Le manipuler plus aisé : un homme connaissant ce don-là n'était, sauf cas très rare, que peu susceptible d'en avoir un autre qui pourrait lui révéler facilement les petits tours de la Garce Royale. Il ceignit son œil, acheva d'avoir l'air d'un homme, pas d'un bâtard, et glissa une demande de pur orgueil. Un homme, rien qu'un homme, oui... Dangereux et sauvage, instable et impulsif, mais un homme tout de même. Les femmes ont pléthores d'armes contre les mâles qui font l'erreur de les écouter trop longtemps. Elle commença à jouer de son fil de magie sur l'envie que son vis-à-vis avait eu et avait encore de la pourfendre, et reprit, caressant cette laisse tendue droit vers ses émotions.
    « Celui qui se définit en pion ne pourra qu'en demeurer un... Je ne cherche pas en vous un objet dont me servir, j'attends quelque chose de mieux venant de quelqu'un qui a su survivre. N'essayez pas de me faire croire que vous vous en contenteriez. »

Elle esquissa un sourire amusé à son tour, levant la main pour lui frôler le bras, prenant une inspiration ample alors qu'elle commençait sa métamorphose à elle : changer la nature exacte de son envie à lui. Le regard qu'elle lui darda, par en dessous, était soudainement brûlant, sa voix plus grave et lente.
    « Laissons les menaces ici, très cher. Je sais de quoi vous êtes capable... Vous avez une petite idée de la réciproque. Vous ne serez pas le premier à chercher ma mort dans mes parages, je vous l'assure, je n'aurais pas besoin d'un rappel. Elle se pencha légèrement, se hissant pour lui glisser sur le ton de l'aimable confidence, comme s'ils étaient amis. Et je vous souhaite de ne jamais avoir besoin de découvrir mes propres talents. »

Voilà, elle l'avait ferrée : sous la menace légère, l'envie de tuer pourrait s'élever... Elle brouilla son visage, le grima dans l'autre émoi, celui si proche, le siamois bizarre : le désir. Il n'aurait plus tant envie de la tuer qu'envie d'elle, tout simplement. C'était un petit tour dont elle usait avec parcimonie et discernement, mais il était l'évidence même qu'un homme qui vous veut morte est plus dangereux à garder auprès de soi qu'un homme qui vous veut, vous. Elle ne chercha pas à provoquer de l'amour – ah, quelle idée sotte – mais à verrouiller quelque chose de charnel, et de puissant. C'était dangereux aussi, à sa façon, mais plus troublant. Plus pratique. Et ô combien plus amusant, il fallait l'avouer. Et en partant d'une telle matière, nul doute qu'il voudrait d'elle longtemps, à moins d'être eunuque, ou singulièrement écœuré par l'idée d'une noble chair... Ou doté d'une volonté hors normes.
    « Quant à votre nom, reprit-elle après avoir innocemment humecté ses lèvres, ce serait à vous de voir. Y a-t-il encore quelqu'un susceptible de connaître votre visage, votre voix, votre façon de vous mouvoir ? Si la réponse est oui, ce sera à oublier le temps de nous consacrer à ceux qui savent... Sinon, vous le pourrez, mais comme un cousin, pas en héritier direct. Ce serait trop demander, de façon trop franche, et laisser un biais évident pour des ennemis ou de simples intéressés de vous reprendre le domaine. En attendant... C'est faisable, oui. Il vous faudra déployer un certain talent d'acteur et je ne ferais pas tout le travail en ce sens. Ce ne serait pas vous rendre service : à la cour, vous le savez, qui est incapable de prendre ne pourra pas garder. Elle joua de ses émotions sur le mot « prendre, » pour affirmer sa prise et son poids sur l'envie qu'elle avait magiquement déformée. Bien, qui pourriez-vous être par rapport à moi. »

Elle le guigna de bas en haut, ouvrant le bras pour s'écarter légèrement de lui, sans vraiment le relâcher. Elle sourit ensuite, reposant le voile sur ses traits en quelques gestes experts et délicats, assez beau à voir dans la maîtrise du foulage de tissu.
    « Oui. Nous nous sommes connus dans les célébrations juste avant mon mariage. J'étais encore toute jeune, et vous juste un enfant. Il y avait beaucoup de monde, et vous vous êtes égarés... Moi, je m'étais enfuie dans les jardins, pour courir loin de la pression et des regards, vous, vous cherchiez vos parents. Voilà que l'on se croise, nous sympathisons, mais mes gardes arrivent et nous prenons peur, moi d'être vue avec un garçon – fussiez-vous un bambin – et vous d'être grondé, voir d'être accusé de trahison. Je vous ai alors caché sous mes jupons, et nous avons du marcher tout un couloir ainsi, vous accroché à ma jambe, et moi rougissante au possible... Nous avons beaucoup ri lorsque nous avons enfin pu être seuls, et j'ai pu vous faire fuir ma chambre avec l'aide d'une servante. Les quelques fois où nous nous sommes revus, vous n'avez pas osé aborder ce souvenir, mais vous m'avez croisé dans cette rue et l'audace vous est venue quand vous m'avez reconnue. Elle reprit son bras, de façon plus franche. Le rôle vous convient, mon vieil ami d'enfance ? »

D'une petite pression de main, elle l'incitait à sortir dans la rue, bras à bras, l'un à côté de l'autre. Les gardes ne seraient plus si loin maintenant, c'était un instant délicat – encore un. Elle lui souriait en coin, toute de charme et d'allure. Et tellement satisfaite de cette tournure.

Je t'ai eu. Je te tiens.

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MessageSujet: Re: Le Hasard assassin   Mer 2 Avr - 16:39

J'affichai un étrange sourire quand Exodie me dit qu'elle ne voyait pas en moi un simple pion et qu'il semblait fort peu probable que je m'en contente. La seconde moitié était exact. J'aurais du mal à m’accommoder de la place de pion. Je valais au moins un fou, c'est sûr! Ma petite blague m'arracha un petit rire. Pour ce qui était de ne pas chercher à se servir de moi, j'éprouvais tout de même un sérieux doute.

Quand elle replongea ses yeux dans les miens, j'y vis un changement. Ils semblaient plus vivants, brûlant d'un étrange désir. Je sentis à peine la main qui se posa sur mon bras tant son changement de ton m'avais interloqué.

Laissons les menaces ici, très cher. Je sais de quoi vous êtes capable... Vous avez une petite idée de la réciproque. Vous ne serez pas le premier à chercher ma mort dans mes parages, je vous l'assure, je n'aurais pas besoin d'un rappel.

Une nouvelle fois, elle se pencha vers moi et murmura ses mots directement dans mon oreille.

Et je vous souhaite de ne jamais avoir besoin de découvrir mes propres talents.

J'affichai un sourire mutin. Elle pensais être la seule à pouvoir s'amuser à me glisser ses mots doux à l'oreille? J'imitai son geste, penchant mon visage vers le sien, frôlant sa peau du bout de mes lèvres et déposant une petite pique en guise de réponse.

Tout dépend de quel genre de talents, on parle...

Quant à votre nom, ce serait à vous de voir. Y a-t-il encore quelqu'un susceptible de connaître votre visage, votre voix, votre façon de vous mouvoir? Si la réponse est oui, ce sera à oublier le temps de nous consacrer à ceux qui savent... Sinon, vous le pourrez, mais comme un cousin, pas en héritier direct.

Soit. Je serais donc le cousin éloigné de la famille Erachlion. Je vous laisse l'honneur de me choisir un nouveau prénom, ma Dame. Je dois dire que je n'ai pas spécialement d'idée en tête et tout me conviendrais de toute manière.

Comme elle avait amené le sujet des personnes qui risquerait de me reconnaître, je pris un tant de réflexion pour lister dans ma tête tout ceux qui me passait par la tête. La liste n'était pas très longue et il fallait encore trier ceux qui représentait un risque des autres.

Hum... Ma mère était plutôt prévenante. Nous sortions rarement du domaine familial et quand nous étions forcés d'aller à une soirée organisée par quelques nobliaux, je devais me faire le moins remarquer que possible. Je pense que la liste des personnes susceptible de me reconnaître est inférieur à une dizaine. Il y a tout d'abord les esclaves qui servaient ma famille mais, j'ai une confiance absolue en eux. Ils ont toujours eu beaucoup de respect pour ma famille et ne me trahirons pas si je reprends mon domaine. Hormis eux, il ne reste que mes deux amis d'enfance et leurs familles respectives. Les Talgard qui se limite à la duchesse et sa fille, Lorely. J'ai aussi confiance en ces deux là pour conserver secrète ma véritable identité car toute les deux connaissaient ma nature de sang mêlé depuis notre première rencontre et non jamais trahis ma mère ou moi. Et puis il y a Einrich Cherzan, nouvellement comte puisque j'ai libéré la place de son père. Pour lui, c'est une toute autre histoire...

Je m'arrêtai un moment, me rappelant le jour de mon arrestation. Son père qui venait de transpercer ma mère, le soldat mort à mes pieds et ses collègues qui me maîtrisaient et puis Einirich qui avait été le spectateur de cette scène. De lui, je ne me souvenais qu'une seule chose. Son visage... déformé par la lueur de haine qui enflammait son regard et le sourire victorieux qu'il arborait. Einrich Cherzan, celui que je considérais comme un ami et qui m'avait vendu à son père...

Je crains malheureusement que lui soit un obstacle majeur...

Toutefois Exodie reprit la parole, aussi chassais-je ses noires pensées de ma tête pour prêter attention à ce qu'elle disait.

Il vous faudra déployer un certain talent d'acteur et je ne ferais pas tout le travail en ce sens. Ce ne serait pas vous rendre service: à la cour, vous le savez, qui est incapable de prendre ne pourra pas garder.

Un talent d'acteur... oui, c'était faisable. N'avais-je pas passé les seize premières années de ma vie à jouer le rôle d'un enfant parfaitement humain en dissimulant ma vraie nature? Alors aujourd'hui avec ma métamorphose, ça ne devrait poser aucun problème. Pour ce qui était du petit qui se jouait à la cour, je le connaissais aussi. Ce jeu de pouvoir, je l'avais vue à l’œuvre à de nombreuses reprises et il me tardait d'y jouer aussi.

Bien, qui pourriez-vous être par rapport à moi.

Toujours accrochée à mon bras, j'observais Exodie qui me détaillait tout en essayant d'imaginer le lien qui nous unissait. Elle finit par sourire et, tandis que de sa main libre elle remettait son voile en place, elle me mit au parfum de l'idée qui lui était venue. Une amie d'enfance. Cela porterait le compte à trois désormais. La manière dont nous nous étions rencontrés était quelque peu désopilante selon moi, mais j'adhérai à sa proposition.

Il me convient parfaitement, cher Exodie.

Je rabattis moi aussi la capuche de mon chaperon sur ma tête et posai un main sur celle d'Exodie qui tenais mon bras tandis qu'elle nous guidait hors de la rue dans cette nuit pluvieuse. Pendant toute notre promenade, je conservai une main sur le manche de coutelas par prudence...

Et où allons nous comme ça?

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Ça va saigner! Ça va faire mal !
C'est la complainte du boucher...
C'est la grande faux, la faux des âmes
qui va tous vous découper!
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